Vigo Couture Paris

Vigo Paris : la petite maison de couture qui a tout d’une grande

Un appartement-atelier sous les toits, à deux pas de l’Opéra et des grands magasins. C’est là que vivent et travaillent Joris Duval et Aaliyah Picanso, fondateurs de la marque Vigo. Elle est américaine, il est français. Il a 28 ans, elle en a 21. Ils se sont rencontrés via Instagram. Leur credo ? Offrir aux femmes des vêtements faits main à leurs mesures. Et ça marche ! En seulement un an, et avec Internet pour seule arme, le duo a déjà trouvé sa clientèle : des femmes habituées aux grandes marques de luxe et désireuses d’une expérience plus complète. De fait, Vigo ne propose ni un prêt-à-porter fait main à la manière de Kiton, ni de la grande mesure au sens strict (bien que la grande mesure puisse aussi être envisagée), mais un mixte des deux. En pratique, cela signifie que les modèles Vigo sont des créations originales donnant lieu à un patronage individuel et à plusieurs essayages, selon l’usage. Le choix du tissu est laissé à la liberté de la cliente. Quant au travail, il est fait main et sort directement de l’atelier.

Vigo Paris, bespoke tailoring for womenVigo Paris, bespoke tailoring for womenVigo Paris, bespoke tailoring for womenVigo Paris, bespoke tailoring for womenVigo Paris, bespoke tailoring for womenVigo Paris, bespoke tailoring for women

Entretien avec Aaliyah Picanso et Joris Duval, créateurs de Vigo Paris

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Vous vous êtes connus via un site de partage de photos. Expliquez-moi comment s’est passée votre rencontre.

Aaliyah Picanso, Vigo Paris – C’est moi qui ai fait le premier pas. Je lui ai dit « Bonjour », en français. Ensuite, nous avons discuté pendant trois mois avant de nous rencontrer pour de vrai. J’habitais encore New York, à cette époque. Tout s’est fait très naturellement. Au début de notre relation, on parlait beaucoup en anglais. Nous n’avions pas le choix. Ensuite, j’ai commencé à apprendre et la situation s’est inversée.

Joris Duval, Vigo Paris – Elle est très gentille de dire ça. En réalité, en bon Français que je suis, c’est-à-dire nul en langues étrangères, je ne parlais pas un mot d’anglais. En même temps, communiquer était tellement difficile que tout était très sincère entre nous. C’est compliqué de ne pas être sincère quand tu cherches tes mots et que tu dois constamment faire des efforts pour te faire comprendre. Par la suite, on s’est simplement laissé porter.

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Toi, Joris, que faisais-tu à ce moment-là ?

Joris Duval, Vigo Paris – J’étais apiéceur pour de grands ateliers parisiens. Tu veux que je te raconte toute l’histoire ? J’ai commencé à coudre à l’âge de 14 ans, pour moi ; je me faisais des jeans, des t-shirts, des blousons. Après le baccalauréat, j’ai rejoint une école de stylisme-modélisme, mais je n’étais pas assez doué pour le stylisme pour espérer en faire un métier. En revanche, j’adorais la couture, les patronages, j’en faisais beaucoup, c’était ce qui me passionnait. J’avais visité l’Association Formation Tailleur (l’école des tailleurs à Paris), j’avais vu le smoking de Brahim Bouloujour grâce auquel il avait gagné le concours de Meilleur Ouvrier de France, et je savais que je voulais apprendre ce métier. En attendant d’avoir les moyens de m’inscrire, j’ai donc obtenu mon diplôme de stylisme-modélisme, puis j’ai travaillé deux ans dans le prêt-à-porter – une expérience à la fois frustrante et enrichissante. Au moment où j’entrais à l’AFT, j’ai découvert par hasard le film Borsalino, qui a transformé radicalement ma vision du vêtement. En voyant Belmondo et Delon porter les costumes de Maurice Breslave, je me suis dit : « C’est à ça que doit ressembler un homme, je vais donc m’habiller comme ça ». J’ai jeté mon ancienne garde-robe, et comme je n’avais les moyens de m’habiller en mesure, j’ai pris la décision de me faire mes costumes moi-même. J’ai quitté l’AFT avant la fin du cursus. Mon professeur avait quitté l’école pour des raisons administratives. Il est devenu peu à peu mon mentor. Il me laissait faire mes propres erreurs et me corrigeait. Le soir, je travaillais chez moi en fonction des conseils qu’il me donnait. C’est comme ça que j’ai monté mon atelier, d’abord pour progresser personnellement, et que je me suis mis à travailler à la pièce pour les grandes maisons. Je ne voulais pas entrer dans un atelier pour ne pas dépendre du style d’une maison. Je suis très naïf. Je crois toujours que seul le travail est la clef de la réussite. Je faisais donc les choses dans mon coin en me disant : « De toute façon, je vais finir par intéresser quelqu’un ». Les choses en ont décidé autrement. Il y a deux ans, je me suis associé à un autre ancien élève de l’AFT dans le cadre d’un projet de prêt-à-porter pour homme entièrement fait main qui n’a pas décollé. Puis j’ai rencontré Aaliyah. Dès le début, elle s’est montrée passionnée par mon travail – ce qui est capital pour un artisan. Elle me regardait travailler pendant des heures, et, lorsqu’elle ne comprenait pas quelque chose, me posait toutes les questions qui lui venaient. Son œil s’est formé très vite, à tel point que j’en suis le premier surpris. Non pas que je ne croie pas en ses capacités… C’est la preuve que la curiosité et l’envie peuvent pallier efficacement une longue habitude du vêtement.

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Comment est née Vigo ?

Aaliyah Picanso, Vigo Paris – J’étais à Londres pour le travail, je devais faire des repérages pour une créatrice de chaussures, mais comme je ne connaissais pas bien la ville, j’avais demandé à Joris de me rejoindre. Pendant le week-end, il m’a fait découvrir Savile Row. J’étais très impressionnée, émerveillée même, je découvrais un univers dont je ne soupçonnais rien. Au cours de l’après-midi, comme nous finissions notre tour du quartier, j’ai aperçu une boutique pour femmes qui vendait des jupes dans un style un peu ancien, avec beaucoup de volumes. À cette époque, je dois dire que j’étais plutôt intéressée par le style que par la qualité. Nous sommes entrés, il a commencé à toucher… et à critiquer aussitôt. C’est bien simple, rien ne lui plaisait. Ni la qualité des tissus, ni la fabrication, ni les détails. Il trouvait tout bas de gamme. Le prix le choquait aussi beaucoup, compte tenu du coût réel des produits. En sortant, nous sommes allés boire un café. Je voulais en savoir plus sur ce qui allait, ce qui n’allait pas.

Joris Duval, Vigo Paris – De mon côté, j’avais déjà un projet en cours, je voulais faire du prêt-à-porter pour homme, mais du prêt-à-porter fait main, pour ne pas rompre avec ma formation et mes compétences. Comme elle avait l’air sincèrement intéressée par notre conversation, et que par ailleurs elle a fait une école de marketing, je lui ai proposé de m’aider…

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Et ?

Joris Duval, Vigo Paris – Et, à ma grande surprise, elle m’a dit non.

Aaliyah Picanso, Vigo Paris – J’ai dit non, je lui ai dit : « Si on commence quelque chose ensemble, on fait quelque chose de nouveau, je ne te rejoins pas sur un projet préexistant ». Je lui ai donc proposé de rebondir sur ce que nous avions vu en créant une collection pour femme réalisée à la main dans les règles de l’art. Et là, il a dit oui sans hésiter.

Joris Duval, Vigo Paris – Je crois que cela correspondait chez moi à un besoin réel. J’adore travailler pour l’homme, c’est passionnant parce qu’il faut être rigoureux, précis d’un bout à l’autre, mais en un sens ça ne m’amuse plus autant qu’avant. Avec la femme, j’ai tout de suite compris quelles possibilités s’offraient à nous en termes de création. Il y a tellement plus de choses à inventer ! C’est ainsi que tout a commencé, au Starbucks Coffee de Vigo Street. D’où le nom, qui n’est peut-être pas le choix le plus judicieux, je le reconnais. En même temps, nous ne nous voyions pas en prendre un autre.

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Vous avez démarré votre activité l’année dernière en misant sur un style hors mode, très inspiré par les années 1950-1960.

Joris Duval, Vigo Paris – Dès notre retour de Londres, j’ai commencé à chercher une idée qui nous permette de nous démarquer. La perfection technique n’était pas le seul critère à prendre en compte, il nous fallait aussi innover. Paradoxalement, nous sommes partis sur une idée très old school du vêtement féminin, en misant sur le glamour et le romantisme. Avec Aaliyah, nous travaillons vraiment main dans la main. Elle dessine les modèles, je réalise les patronages, je découpe, je couds, je fais les essayages. En revanche, c’est elle qui gère la partie marketing et communication. Notre culture première étant la grande mesure pour homme, nous avons décidé de reprendre de l’homme tout ce qui était utile – et seulement ce qui était utile. Nous ne voulions pas donner l’impression de faire du folklore ou de surfer sur la mode du tailoring. Pour la jupe, nous avons dû développer un nouveau système de fermeture.

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – La silhouette très graphique de vos modèles convient-elle à toutes les morphologies ?

Joris Duval, Vigo Paris – Oui, car nous adaptons systématiquement nos modèles de manière à conserver les proportions. De fait, nous ne vendons ni du prêt-à-porter fait main, ni de la grande mesure, mais quelque chose entre les deux. Nous créons des modèles que nous réalisons à la main aux mesures de la cliente. C’est à la fois un travail de tailleur et de créateur. Étant entendu que nous pouvons faire du sur mesure aussi.

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Comment avez-vous trouvé vos premières clientes ?

Aaliyah Picanso, Vigo Paris – Grâce à Internet. J’ai commencé à poster des photos de moi portant les premiers modèles de la collection. Les premières personnes intéressées trouvaient les modèles trop chers. Pas grave ! J’ai encouragé les suivantes à venir nous voir à l’atelier pour qu’elles se rendent compte du travail par elles-mêmes et qu’elles comprennent les étapes de la fabrication. C’est comme ça que tout a commencé. Notre première cliente voulait la réplique exacte d’une des jupes qu’elle avait vues sur moi, celle avec le tissu vintage et la ganse. Plusieurs sont venues pour des occasions particulières. Nous voulons désormais élargir notre portefeuille de clientes.

Joris Duval, Vigo Paris – Par ailleurs, nous allons pouvoir étoffer notre gamme. Après les deux premiers modèles vintage, nous avons créé la jupe tulipe. Il nous faut maintenant présenter une veste répondant à la même exigence de qualité. C’est un défi parce qu’il ne s’agit pas seulement de faire une veste pour femme en copiant une veste en grande mesure pour homme. Les volumes n’ont absolument rien à voir. Mais je ne suis pas inquiet. Cela fait des mois que je réfléchis à un patronage. Tout est là (il montre sa tête). D’ailleurs, je vais la couper la semaine prochaine. Pour dire la vérité, dans ma tête, j’en suis déjà au manteau. Nous n’en sommes qu’au tout début de l’aventure !

http://www.vigoparis.com
+39 (0)6 29 98 18 41

Vigo Couture ParisVigo Couture ParisVigo Couture ParisVigo Couture ParisVigo Couture ParisVigo Couture Paris

Cette entrée a été publiée dans EDITORIAUX, INTERVIEWS, REVUES DE PRESSE, FEMME, LE COIN DES NON-ITALIENS, VESTIAIRE and taguée , , , , , , , , , , . Placez un signet sur le permalien.

3 Responses to Vigo Couture Paris

  1. RoSaCe dit :

    Merci Laurent pour cette belle interview! Je vais suivre de près cette maison, passerelle entre la créativité de la mode masculine et la rigueur et la qualité de l’élégance masculine traditionnelle !
    Bravo

  2. Pingback : Le smoking par Brahim Bouloujour - MILANESE SPECIAL SELECTION

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *