Toto, Antonio de Curtis

Totò (Antonio De Curtis), l’idole napolitaine

Si  Naples émerveille tant aujourd’hui les plus (et les moins) élégants d’entre nous, c’est parce qu’elle doit être l’une des rares cités, sinon la seule, à cultiver le mythe au quotidien.

Le comédien Antonio De Curtis (dit « Totò ») demeure à cet égard une figure indépassable, profondément ancrée dans l’imaginaire collectif parthénopéen, et, plus largement, italien. Le figlio favorito de Naples, né d’un marquis et d’une femme du peuple, se présentait volontiers comme un « plébéien aristocrate » ayant grandi dans l’atmosphère du pauvre faubourg des Vierges (le Borgo dei Vergini, situé dans le Rione Sanità). Cependant, il n’attendit pas sa réhabilitation et la reconnaissance de ses titres nobiliaires pour faire valoir ses droits d’honnête homme. L’humilité, le respect, le sens de l’esthétique et de la justesse firent de lui le double attachant de son personnage d’anti-héros pétri d’humanité.

Antonio De Curtis, Totò, par Guy Bourdin

Ci-dessus, Totò, prince De Curtis, 1955, par Guy Bourdin.

« Plus napolitain que Totò, tu meurs… », écrit Jean-Noël Schifano dans son Dictionnaire amoureux de Naples. Il est vrai que le comédien était aussi l’incarnation d’une ville et de ses habitants : une gueule cassée, un corps désarticulé, une voix rocailleuse due sans doute à la cigarette (Antonio Panico a la même), un regard pénétrant teinté de mélancolie, Antonio De Curtis était à la fois doux et fou, Pierrot lunaire et pantin agité… Aussi n’est-il pas étonnant que seuls les Napolitains reconnaissent vraiment la profondeur et le génie de son jeu, dont le comique dépasse pourtant les barrières culturelles et les classes sociales.

En 1922, Totò débarque à Rome, où il rencontre le maître-tailleur Domenico Caraceni, fondateur de la dynastie Caraceni et propriétaire à partir de 1926 d’un très actif atelier (aujourd’hui dirigé par les neveux Tommaso et Giulio) idéalement situé Via Boncompagni. Au fil des ans, le comédien deviendra un client fidèle de la prestigieuse maison romaine, au style résolument plus structuré et « conservateur » que ses concurrentes napolitaines, mais à la coupe, à la construction et aux finitions inimitables. La relation de confiance entretenue par l’artiste du ciseau et par celui des planches nous montre à quel point le génie de l’artisanat réside d’abord dans la rencontre et l’entente de deux individus.

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3 Responses to Toto, Antonio de Curtis

  1. Guilhem dit :

    Laurent,

    Un bien joli post. Merci pour ce moment tres simple mais bienvenu!

  2. Mirjem dit :

    Félicitations pour cet article élégant fort bien illustré.

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