Tommy e Giulio Caraceni sartoria

Sartoria Tommy e Giulio Caraceni : l’un des plus anciens tailleurs romains est aussi l’un des moins connus chez nous

Reprenons le fil de l’histoire. Il est assez complexe à démêler, les différentes « chapelles » Caraceni n’ayant plus aujourd’hui, dans le meilleur des cas, qu’un vague rapport de cousinage.

Originaire d’Ortona, dans la région des Abruzzes, Domenico Caraceni apparaît comme le fondateur de la dynastie. Il n’est pas le premier tailleur de la famille (son père, Tommaso, et son grand-père l’étaient déjà avant lui), mais il est celui qui va façonner l’histoire familiale, d’abord en s’installant à Rome en 1913 (la date ordinairement retenue, 1926, correspond à l’ouverture d’un second atelier, plus grand, via Boncompagni), ensuite en appelant auprès de lui ses frères cadets, Augusto et Galliano, puis, s’étant constitué une solide clientèle dans la ville éternelle, en encourageant ces derniers à ouvrir une « succursale », le premier à Paris, le second à Milan. On l’oublie trop souvent, mais le Caraceni parisien, installé dès 1935 avenue d’Iéna, passa longtemps pour LE Caraceni officiel (tandis qu’à Rome défilaient Cary Grant, Douglas Fairbanks, Gary Cooper et Vittorio De Sica). Comme on s’en doute, la guerre devait porter un coup fatal à l’entreprise d’Augusto, appelé à déménager son activité, ou plutôt à en démarrer une nouvelle (nous sommes en 1946), au 16 de la via Fatebenefratelli à Milan (voir notre article sur A. Caraceni). Domenico Caraceni étant disparu en 1939, son fils Augustarello prendra un temps la tête des ateliers milanais et romain originels – sans succès -, avant de vendre le nom à Gianni Campagna, qui l’utilise toujours (d’où une certaine confusion).

Qu’en est-il donc de la sartoria Tommy e Giulio Caraceni ? Elle naît en 1963 de l’association du père, Galliano, et de ses deux fils, Tommy et Giulio, passés d’abord par Londres (chez Kilgour et Davies & Son, notamment). Si l’héritage est préservé, il s’épure sous la houlette de ces deux jeunes coupeurs ambitieux, qui vont pouvoir compter sur la publicité du plus puissant des Italiens de l’époque : Gianni Agnelli lui-même, abonné aux costumes croisés de la maison (gris pour la journée, bleus pour le soir), comme le sera par la suite son jeune « poulain », Luca di Montezemolo. Aujourd’hui, l’institution romaine de la via Campania est dirigée par Andrea, le fils de Guido Sinigaglia, lui-même gendre de Tommy, secondé dans sa tâche par un coupeur plus qu’expérimenté (il a appris le métier à l’âge de douze ans).

Tommy e Giulio Caraceni, via Campania, 61/B, Roma

Par où commencer la visite ? Les locaux sont vastes. Chaque pièce ou presque rappelle un souvenir du passé. Les clients les plus prestigieux sont passés par ces lieux, les stars du cinéma mondial, en plein âge d’or de Cinecittà. Toutes les stars italiennes, mais aussi des chanteurs, des hommes politiques, des hommes d’affaires. Un véritable hall of fame déployé sur plusieurs pièces, et comparable seulement à celui, tout aussi efficace, de l’autre Caraceni, le Milanais.

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Le véritable maître des lieux, Giancarlo Tonini, dit « Carlo », 81 ans cette année. La coupe, c’est lui, les essayages également. Il faut le voir enfiler son manteau d’un geste lent à l’heure du déjeuner pour comprendre son rôle et son autorité. L’atmosphère de l’atelier est à l’encan. Non pas celle d’une ruche (il livre toutefois plus de mille pièces par an, appuyé par des apiéceurs extérieurs), plutôt celle d’une maison traditionnelle, au sein de laquelle les anciens jouent à plein leur rôle. Contrairement à des tailleurs plus jeunes et plus agressifs, la Sartoria Tommy e Giulio Caraceni ne se déplace pas. La belle clientèle des ambassades (toutes proches), de la grande bourgeoisie romaine et des riches étrangers déçus par les concurrents suffit à son bonheur. Dommage ! Paris n’est qu’à deux heures d’avion.

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Très demandé par les clients, le costume droit a pris le pas sur le croisé. Ci-dessous : tout à fait unique par ses dimensions, le cimetière des costumes que personne n’est venu chercher. Certaines pièces datent de la fin des années 1980. On ose à peine regarder sous les plastiques.

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Andrea, le neveu de Tommy Caraceni, est né en 1987.

Tommy e Giulio Caraceni sartoria, Roma

Giancarlo Tonini à la table de coupe. Son plus ancien client ? Un certain Valentino Garavani, de quatre ans son aîné. On imagine aisément les conversations entre les deux hommes.

Giancarlo Tonini, Tommy e Giulio Caraceni sartoria, Roma

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