Veste d’été Gaiola-De Petrillo

La veste d’été croisée Gaiola/De Petrillo : mode mais pas que…

Fort de son succès au Japon, De Petrillo s’agrandit (l’entreprise comptait jusqu’à présent 26 employés) pour s’adapter à une demande en hausse. Il faut dire que la veste dite « napolitaine » s’exporte de mieux en mieux, et que les amateurs de légèreté trouvent à s’habiller facilement avec les deux marques-sœurs Gaiola et De Petrillo déjà connues des lecteurs de MSS. J’ai choisi aujourd’hui de vous faire découvrir un modèle été, taillé dans un tissu particulièrement léger qui ne fait pas partie de la collection courante mais néanmoins très représentatif du style de la maison.

Comme vous pourrez le voir sur les images suivantes, les revers sont placés très haut (il faut bien sacrifier à la mode), leur pointe est légèrement arrondie, plus douce que celle de la plupart des revers a lancia sur-représentés cette année, à Pitti ou ailleurs. Les carreaux, difficiles à accorder, sont parfaitement alignés, aux épaules mais aussi dans le dos, ce qui témoigne d’un travail sobre et soigné. Les boutonnières, faites machine, sont néanmoins fonctionnelles (dommage que les boutons soient en plastique). Contrairement à l’usage courant, la veste est doublée (un vrai plus, d’autant que le travail de doublure est très propre). Seul bémol : elle « tire » un peu, conformément à un usage typiquement napolitain qui tend à se répandre de plus en plus. Il suffit de regarder les vestes Orazio Luciano, Dalcuore ou d’autres, pour comprendre à quel point la coupe ajustée est entrée dans les mœurs, au détriment d’une compréhension en profondeur de la culture tailleur. Parenthèse fermée. Car les principaux atouts de la veste Gaiola sont la légèreté et la polyvalence. Sur ce créneau de prix, à part Gabo, la concurrence est encore quasiment inexistante.

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Faut-il porter une veste croisée l’été ?

Oui, bien sûr, à condition que le tissu s’y prête, comme c’est le cas ici. La veste croisée étant une pièce formelle, choisir un tissu formel ne pourra avoir qu’un seul effet : donner à croire que vous avez dépareillé une veste de costume. Oubliez. En marge du classique blazer, il convient donc de choisir un tissu de veste adapté à la saison, par exemple un mélange coton/lin, ou laine/soie, ou une très belle qualité de coton ou de lin. Côté pantalon, le choix le plus simple et le plus raisonné reste encore celui du pantalon à plis, à pinces ou non, dans un tissu compatible avec celui de la veste (de même qu’il existe des accords de couleurs à respecter, certains accords de matières sont criards). Le jeans n’est pas exclu, sous réserve de sobriété. En revanche, le chino peut vite s’avérer problématique, à cause de l’effet « tube ». Dans tous les cas, les baskets sont à proscrire ABSOLUMENT. Ne cédez pas à l’intoxication médiatique !

Gaiola-De Petrillo, Laurent Le Cam

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Gianfranco Bommezzadri

Gianfranco Bommezzadri : et Parme inventa la couture !

Dans la région de Parme, on entend souvent parler de Caruso (pardon, de la Fabbrica Sartoriale Italiana), et moins de son voisin et concurrent direct, Gianfranco Bommezzadri. Un concurrent plus petit, certes, si l’on raisonne uniquement en termes de taille, mais non moins méritant, et dont la croissance continue au fil des années en dit long sur le crédit qu’il a su acquérir auprès de ses partenaires internationaux. Je vous en parlais il y a quelques mois, l’entreprise parmesane (60 ans d’existence cette année) multiplie les labels (ma préférence allant vers Paideia, peut-être un peu plus difficile d’accès) mais travaille aussi pour de grands comptes dont, bien entendu, je tairai le nom.

Ayant été invité à visiter les ateliers il y a quelques semaines, je n’ai pas été étonné d’y découvrir une double culture du vêtement, à la fois industrielle et artisanale. Je n’en donnerai qu’un exemple. Peu d’entreprises textiles sont aujourd’hui capables de proposer un entoilage digne de ce nom. Parmi celles qui s’y emploient, on compte quelques noms connus (Canali, Corneliani, Caruso, déjà cité) et quelques PME, le plus souvent familiales, disséminées en Italie et connues seulement des spécialistes. La question est : qu’est-ce qui distingue un entoilé 100% industriel d’un entoilé Bommezzadri ? Et la réponse n’est pas seulement : le temps passé, bien qu’il s’agisse d’un élément important, mais surtout la nature des opérations et l’ordre dans lequel ces opérations sont réalisées. Alors que, dans un cas, les quantités à produire impliquent une taylorisation intégrale du processus, autrement dit une chaîne transitive parfaitement immuable, dans l’autre, la logique artisanale autorise des allers-retours entre deux étapes, entre deux postes, et, le cas échéant, des entorses à la productivité. Il n’est pas question de dire que l’organisation d’une petite unité comme Bommezzadri est irrationnelle (elle ne l’est pas, en témoigne par exemple la découpe des tissus), mais qu’elle conserve quelque chose de l’esprit tailleur qui était sa raison d’être à l’origine, quand monsieur Gianfranco Bommezzadri s’occupait uniquement de répondre aux quelques centaines de commandes mensuelles émanant des magasins de demi-mesure de la région. Il n’est pas question non plus de dénigrer un travail industriel qui reste de bonne qualité (voire, dans certains cas, de très bonne qualité), il s’agit simplement de délimiter les frontières des uns et des autres. Or, ces frontières ne sont pas poreuses.

Autre fait dont je n’ai pas été surpris, et qui mérite toute notre attention : bien qu’il ait cédé la direction de l’entreprise à son fils, Enrico, Gianfranco Bommezzadri, 79 ans, continue à veiller sur sa bonne marche. Premier arrivé, à 8 heures 30, il n’est pas rare qu’il quitte l’usine le dernier. Pour l’avoir vu à l’œuvre (ou, pour mieux dire, à la manœuvre), je peux assurer qu’il est loin d’y faire de la figuration. Tandis que son fils gère le bureau de style et les relations commerciales, le patriarche a un œil sur tout et ne se prive pas de mettre la main à la pâte. Une belle leçon entrepreneuriale qui n’est pas sans rappeler, là encore, le métier de tailleur – bien que la comparaison s’arrête là. Comme je le répète souvent (et le constate encore plus), mieux vaut un bon prêt-à-porter qu’une mauvaise mesure. Plus de photos prochainement.

Gianfranco Bommezzadri : visite de l’usine en images

Gianfranco BommezzadriGianfranco BommezzadriGianfranco BommezzadriGianfranco BommezzadriGianfranco BommezzadriGianfranco BommezzadriGianfranco BommezzadriGianfranco BommezzadriGianfranco BommezzadriGianfranco BommezzadriGianfranco BommezzadriGianfranco BommezzadriGianfranco BommezzadriGianfranco BommezzadriGianfranco BommezzadriGianfranco Bommezzadri

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Bresciani socks

Les chaussettes Bresciani ont le vent en poupe. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Peu de fabricants de chaussettes offrent une telle variété de couleurs, de motifs, une telle recherche en termes de style. En outre, peu de marques proposent autant de références de mi-bas. Forte de ses 46 ans d’expérience (et d’un catalogue monumental de 6000 dessins), la petite entreprise bergamasque diffuse aujourd’hui partout dans le monde. Elle est particulièrement appréciée chez nous (même si, comme se plaisent à le répéter les Italiens, « le marché français est difficile »), où les chevrons, rayures et autres motifs pied-de-poule ont de plus en plus d’adeptes. Invité par Massimiliano Bresciani à visiter l’usine, j’avoue avoir été surpris par le mélange de modernité et d’expérimentation qui y règne. Bresciani est une petite structure qui, par certains aspects, n’est pas sans évoquer un laboratoire.

Bresciani socks : visite de l’usine en images

Première étape de la fabrication d’une chaussette Bresciani : le fil, bien sûr. Certains sont fins, d’autres extrêmement fins ; tous doivent être suffisamment résistants pour supporter l’épreuve du tissage, et, pire encore, celle de journées de marche. Du coton à la soie en passant par le lin et la vigogne (snobisme oblige – même s’il n’y a aucun sens à porter des chaussettes en vigogne), toutes les matières naturelles ou presque sont représentées.

Bresciani socksBresciani socksBresciani socks

Deux collections par an, une centaine de variantes par saison, et des machines dernier cri, si rapides qu’il faut y regarder à deux fois avant de comprendre comment elles fonctionnent. Temps moyen de tissage : dix minutes. Le volume sonore de la grande salle n’est pas aussi élevé que dans une usine de tissu. Néanmoins, mieux vaut ne pas avoir à y tenir une conversation suivie.

Bresciani socksBresciani socksBresciani socks

Rien ne remplace le contrôle visuel. Afin de détecter d’éventuels défauts, une ouvrière inspecte les chaussettes une à une en les passant sur un tube. Au moindre accroc, celles-ci seront remaillées à la main. À moins qu’elles ne réintègrent un nouveau cycle de fabrication.

Bresciani socksBresciani socksBresciani socks

Placées sur des formes chauffantes, série après série, après lavage, les chaussettes sont ensuite appariées, cousues ensemble au moyen d’un fil de couleur et dotées d’une fine feuille de papier pour absorber d’éventuelles traces d’humidité. Elles sont désormais prêtes à être expédiées. Contrairement à des unités industrielles plus importantes, Bresciani socks offre une grande souplesse de service aux détaillants, notamment en termes de réassort, qui se traduit pour le client final en un choix plus vaste.

Bresciani socksBresciani socksBresciani socks

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Piacenza Cashmere

Piacenza Cashmere : les tissus précieux à l’honneur

Le logo figure un chardon, le moyen le plus délicat, le plus sûr et le plus constamment utilisé pour carder la laine, et particulièrement les laines précieuses. Le symbole de Piacenza Cashmere depuis 1733, date de la première archive conservée à Pollone (un incendie déclaré en 1812 ayant fait disparaître une partie des documents familiaux). Il faut comprendre qu’à l’origine, toutes les opérations liées au travail de la laine, de la filature au tissage et au finissage, étaient réalisées à domicile par les habitants de la région.

C’est Carlo Antonio Piacenza qui, à l’aube de la première révolution industrielle, va offrir une nouvelle impulsion à l’entreprise, d’abord en ouvrant deux nouveaux sites, puis, aidé de son fils Giovanni, en mécanisant progressivement la production. Quant à la prédilection de Piacenza pour le cachemire, elle est intimement liée à l’histoire de Mario Piacenza, alpiniste émérite (il gravit le mont Cervin en 1911), tombé littéralement amoureux de cette matière au cours d’une expédition en Chine (pour plus de détails sur la chronologie de Piacenza 1733, voir notre article de 2012). Fratelli Piacenza est aujourd’hui incarnée par la 14ème génération de Piacenza impliquée dans l’entreprise, la 9ème à diriger l’activité de A à Z.

Il y a deux semaines, j’ai eu la chance d’être invité à visiter l’usine ultra-moderne de Pollone. L’occasion d’un reportage rare, que les lecteurs de Milanese Special Selection apprécieront, je l’espère, autant que moi.

Piacenza Cashmere

Piacenza Cashmere : visite de l’usine en images

Commençons par la fin, c’est-à-dire par le produit fini, en l’occurrence ici de la vigogne, symbole de l’excellence des qualités produites par Piacenza.

Piacenza Cashmere - vicunaPiacenza Cashmere - vicuna

Les photos qui suivent montrent des mélanges laine/cachemire, étant entendu que l’entreprise travaille quasiment toutes les fibres, de l’angora au poil de chameau, du lin au mérinos australien ; étant entendu également qu’au chapitre des laines peignées, ne figurent au catalogue que des grades élevés, Super 150’s et supérieurs.

Piacenza CashmerePiacenza Cashmere

Réceptionnée à l’usine pour un premier contrôle, la matière brute est filée et teinte non loin. Piacenza dispose également d’unités de teinture en interne pour les tissus réalisés à partir de fils écrus. Chaque lot reçu donne lieu à un test afin de vérifier la finesse et la résistance de la fibre, mais aussi la conformité de la livraison.

Piacenza CashmerePiacenza Cashmere

Etape indispensable, l’ourdissage est également la plus spectaculaire. Placées dans de grandes cages métalliques, les innombrables bobines utiles à la préparation sont patiemment dévidées jusqu’à former la future chaîne du tissu. Une chaîne vérifiée avec la plus grande méticulosité. Un fil cassé, et toutes les opérations ultérieures risqueraient d’être compromises. Ci-dessous, le rouleau prêt à l’emploi. Le dessin du tissu s’y lit déjà en filigrane.

Piacenza CashmerePiacenza CashmerePiacenza Cashmere

De nos jours, les bras pneumatiques ont remplacé les antiques navettes et s’échangent le fil de trame au centre du métier à tisser à une vitesse difficilement concevable. Pour mieux vous faire comprendre le fonctionnement de la machine, le préposé est d’ailleurs contraint d’immobiliser celle-ci à l’instant où les deux bras se rejoignent.

Piacenza CashmerePiacenza Cashmere

Les finissages, nombreux, dépendent du toucher souhaité par le concepteur du tissu. Dans cette grosse machine, le tissu brut, encore rêche, est plongé dans une solution savonneuse et happés par de puissants rouleaux. Il en ressort adouci et amolli. Mais ce n’est peut-être que le début de sa transformation. Dernière étape, les tissus précieux sont placés à sécher 24 heures dans une pièce réfrigérée.

Piacenza CashmerePiacenza CashmerePiacenza CashmerePiacenza Cashmere

Les chardons, rangés à la main sur des rails, exactement comme dans l’ancien temps, sont placés sur des machines modernes. Ce procédé, dix fois plus long que le cardage métallique, est un gage de douceur et de durabilité. Il est réservé au cachemire et à la vigogne.

Piacenza Cashmere

Des contrôles qualité ont lieu à chaque étape de la fabrication. Les défauts, parfois quasiment invisibles, sont notés à la main puis reportés au moyen d’une fiche informatique, soit pour correction lorsqu’une correction est possible, soit pour indiquer au client les endroits à ne pas prendre en compte.

Piacenza CashmerePiacenza CashmerePiacenza Cashmere

Le traitement de l’eau utilisée tout au long de la fabrication représente un aspect très important. Depuis les années 1980, Piacenza Cashmere dispose de sa propre centrale d’épuration attenante à l’usine. Plus incroyable, la société est habilitée à reverser cette eau après traitement. Ci-dessous, le document officiel autorisant l’entreprise à utiliser l’eau du torrent voisin. C’était en… 1750.

Piacenza CashmerePiacenza Cashmere

Le site de Pollone, à quelques kilomètres de Biella. 200 personnes y travaillent en permanence. Comparé aux géants du secteur, Piacenza Cashmere produit peu, quelques centaines de milliers de mètres par an. Des quantités qui témoignent de la volonté de la famille de se concentrer sur le haut de gamme et de privilégier le service.

Piacenza CashmerePiacenza 1733 - Alashan Cashmere

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Cifonelli bespoke tailoring

Cifonelli, Paris : le style et la rigueur

Bien loin de moi l’idée d’écrire quoi que ce soit de neuf ou d’original sur la maison Cifonelli, célébrée partout et à juste titre, au point d’être devenue en quelques années l’un des emblèmes de la couture parisienne.

L’histoire commence à Rome à la fin du XIXe siècle avec un homme, Giuseppe Cifonelli. Tailleur de son état, il décide d’envoyer son fils Arturo étudier l’art de la coupe en Grande-Bretagne. De retour dans son pays, celui-ci entend tirer profit de ce qu’il a appris sans renoncer à son identité ; son style sera donc un mixte entre la rigueur anglaise et la légèreté italienne. Il s’installe à Paris en 1926, d’abord rue de Courcelles, puis rue Marbeuf, où les salons et les ateliers occupent toujours le premier étage d’un immeuble cossu. À sa mort, en 1972, c’est Adriano, son fils, qui reprend le flambeau. Depuis une quinzaine d’années, Lorenzo et Massimiliano Cifonelli sont à la fois à la coupe, aux essayages et à la direction de l’entreprise, tandis qu’en coulisse, un bataillon d’artisans spécialisés s’active. En dépit d’un contexte économique difficile, la demande est soutenue, et nul n’a encore inventé le moyen de réduire le nombre d’heures de travail nécessaires à la réalisation d’un costume sur mesure.

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Le style de la rue Marbeuf, chacun le connaît ou croit le connaître. La coupe est ajustée, la poitrine fine. L’emmanchure haute apporte une belle liberté de mouvement. Le degré des finitions est, pour ainsi dire, typiquement français. Quant à la légèreté et la souplesse, elles sont le signe d’une profonde réflexion sur ce que doit être un vêtement sur mesure à l’heure où le port du costume est de moins en moins perçu comme une obligation professionnelle ou sociale, et où l’habit entre en concurrence avec le sportswear.

Petite remarque, on réduit souvent Cifonelli à sa célèbre épaule, dite « épaule pagode » ou « épaule Cifonelli », ce qui est à la fois une facilité et une maladresse. Car enfin, on n’achète pas une épaule, ni un cran de revers, on achète une silhouette, une construction, un confort, parachevés par des éléments de style caractéristiques tels qu’un montage d’épaule ou un cran de revers identifiables. Regardez le mouvement imprimé à la veste ci-dessous : l’épaule y participe, mais elle est loin d’être le tout du vêtement. Visuellement, elle n’est peut-être même pas ce que l’on remarque en premier.

Cifonelli bespoke tailoringCifonelli bespoke tailoring

Lorenzo Cifonelli est un homme de passion et de rigueur, vif, curieux, et qui n’hésite pas à se remettre en question. L’idée de proposer des vestes sport originales à une clientèle habituée à penser les tailleurs comme des hommes sombres uniquement imprégnés de technique est sans doute l’une des clefs de son succès. Rue Marbeuf, le stylisme fait en effet partie intégrante de l’expérience de la grande mesure. Aucun tailleur (excepté Francesco Smalto trente ans plus tôt) n’avait fait le choix de devenir une marque, et, pour ce faire, de se doter de codes propres, quitte à déplaire. Ce qui n’empêche en rien les clients de venir avec leurs exigences : ici, comme partout où l’artisanat s’exerce au singulier, toute nouvelle demande est un défi à relever. Lorenzo et Massimo Cifonelli s’en acquittent avec bonheur, comme si le métier consistait à s’améliorer toujours.

Cifonelli bespoke tailoring
31, rue Marbeuf
75008 Paris
Tél. : 01 42 25 38 84
E-mail : bespoke@cifonelli.com

Site : http://www.cifonelli.com.

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Cifonelli, Paris : visite des ateliers en images

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Stefanomano, handmade in Italy

Stefanomano, maroquinier : fait à la main dans les Abruzzes

Stefanomano (parfois orthographié StefanomanO) est le résultat d’un projet né en 2005 et porté par deux hommes, héritiers d’une entreprise des Abruzzes spécialisée depuis plus de 50 ans dans la fabrication de bagages en cuir. Si l’idée de produire en Italie n’est pas nouvelle (à ceci près qu’il ne serait pas inutile de créer une police du Made in Italy, si fréquents sont les manquements à l’éthique professionnelle), celle de produire de la maroquinerie unisexe luxueuse ET globalement grand public dans un marché mature largement dominé par la publicité, est à elle seule une innovation, et ce d’autant qu’à travers ses différentes collections, Stefanomano s’attaque à des segments (et donc à des concurrents) opposés voire inconciliables. Si tote bags, cabas, porte-documents et sacs de voyage dominent largement les collections, c’est pour se décliner dans toutes sortes de matières et de combinaisons : 100% crocodile, cuir/crocodile, 100% cuir végétal, cuir/coton ou encore cuir/nylon. Certains modèles rappellent un peu le style de Prada, qui lui-même rappelle un peu celui de Felisi ; à moins que ce ne soit l’inverse. Le style des prix, lui, est plus doux, dès lors que l’on ne s’avise pas d’opter pour les peausseries exotiques. Quant aux amateurs de patine, ils ne seront pas déçus, chaque pièce pouvant être colorée quasiment à la demande. Reste à savoir qui, des hommes ou des femmes, la maroquinerie Stefanomano séduira le plus. Si l’on se fie pour l’instant au marché japonais, il semblerait qu’il s’agisse plutôt des hommes.

N.B. Nous vous en parlions à propos du maître-chemisier milanais Alessandro Siniscalchi, Stefanomano a reçu lui aussi des autorités compétentes un certificat garantissant que, d’un bout à l’autre de la chaîne, ses créations sont réalisées en Italie à partir de matériaux et de pièces italiens.

Stefanomano
Zona Industriale
Via Flaiano, 45
64013 Corropoli
Tél. : +39 0 86 18 31 38
E-mail : info@stefanomano.it

Site : http://www.stefanomano.it.

StefanomanoStefanomanoStefanomanoStefanomanoStefanomanoStefanomanoStefanomanoStefanomanoStefanomanoStefanomanoStefanomanoStefanomanoStefanomanoStefanomanoStefanomanoStefanomanoStefanomanoStefanomanoStefanomanoStefanomano

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Castangia 1850, Pitti Uomo 89

Castangia 1850 : pour un hiver doux et luxueux

Non content d’avoir été le premier à vous parler de la marque de prêt-à-porter (très) haut de gamme Castangia 1850, je ne résiste pas au plaisir de vous faire découvrir des images de la prochaine collection Automne-Hiver 2016/17, pour le plaisir des yeux uniquement, puisque l’entreprise sarde n’est toujours pas, à ce jour, distribuée en France. Il faut dire qu’avec des tarifs proches de ceux de Brioni et une notoriété encore faible (au regard de marques chapeautées par les grands groupes de luxe), les propriétaires de boutiques ne se bousculent pas. Dommage ! Car il s’agit pour une fois d’une alternative réelle, y compris au prêt-à-porter napolitain.

Castangia 1850, Pitti Uomo 89

Comment ne pas être sensible au choix des tissus, tous italiens, qui façonnent, autant que son style, l’identité Castangia ? Les doublures, audacieuses, « relèvent » subtilement les costumes. Pour les besoins de ce billet, j’ai plutôt sélectionné des pièces classiques. Nous sommes très loin ici d’un Stefano Ricci, ou d’un Zilli, même si la clientèle ciblée est sensiblement la même.

Castangia 1850, Pitti Uomo 89

Bien que la structure des vestes soit légère, la marque ne sacrifie pas à la mode de la « perfection imparfaite », ni à celle du tutto fatto a mano. Gros avantage concurrentiel, et gros progrès, à mon sens, y compris par rapport à la collection précédente : le ton est tout sauf exubérant, mais au contraire feutré et de bon goût, très étudié, en tout cas, réfléchi. Exit, donc, les carreaux destinés aux jet-setters ! Les nouveaux riches devront désormais apprendre à s’habiller, et à faire fi des revers aux proportions délirantes et autres tocades connotées Pitti. Quant aux dandys en herbe, persuadés d’avoir tout compris à l’élégance masculine s’ils peuvent parler pendant des heures du bien-fondé d’une milanaise à la main, ils feraient bien de revoir quelques vieux films.

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Chemises G. Inglese, Pitti Uomo 89

Une chemise G. Inglese en détail

On ne peut pas parler toujours des mêmes, ce serait fastidieux. En revanche, il est permis de vouloir montrer plus, exercice auquel je me livre aujourd’hui avec ces photos prises en janvier dernier sur le stand G. Inglese du Pitti Uomo 89. Le lecteur y découvrira, entre autres, une bien curieuse chemise à rayures semi-doublée (pour couper cours à tout effet de transparence) – je dis « curieuse » car la largeur des rayures est un peu excessive à mon goût. Pour le reste, le degré de finition est spectaculaire. Même le split yoke, autrement dit la bande de tissu positionnée sous le col et séparée en deux pour plus d’élasticité et de confort, donne l’impression d’avoir été cousu à la main. Remarquons que cette chemise est d’abord destinée à montrer ou démontrer (si besoin était) le savoir-faire artisanal de la maison Inglese, ses particularismes, son identité. Autre remarque en passant, le non-alignement des rayures est parfaitement délibéré (sur d’autres gammes, le corps et les manches s’accordent parfaitement). Là encore, il s’agit d’un détail un peu trop connoté napolitain pour moi, mais je sais qu’il y a des amateurs, même en France.

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Le reste de la collection G. Inglese : morceaux choisis

Des pochettes et des fleurs brodées à la main, signe distinctif de la maison. Au fil des saisons, les accessoires se font plus présents. Rien d’étonnant à cela : le travail au crochet fait partie de l’ADN Inglese. On le retrouve d’ailleurs sur un certain nombre de chemises sport (voir dernière photo).

pochettes G. Inglesepochettes G. Inglesefleurs au crochet G. Inglese

Les chemises G. Inglese vous mettent la tête à l’envers ? C’est normal, elles sont toujours exposées ainsi au Pitti Uomo. Une mention toute particulière pour les chambrays, ultra-légers. Pour posséder un exemplaire de ces chemises d’été sans équivalent en confection industrielle, je ne peux que vous inviter à partager mon enthousiasme : on ne les sent pratiquement pas.

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Dominic Dormeuil : l’interview

Une heure avec Dominic Dormeuil, président de Dormeuil

À l’occasion de la parution du livre de Dominic Dormeuil et Jean-Baptiste Rabouan consacré aux laines rares et à ceux sans qui les tissus précieux n’existeraient pas, nous avons rencontré le président du groupe au showroom de la rue François Ier à Paris.

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Vous êtes un marchand qui est devenu drapier ?

Dominic Dormeuil – Nous sommes un marchand qui est devenu drapier qui est devenu fabricant. Mon arrière-arrière-grand-père, Jules Dormeuil, s’était associé très jeune avec un marchand en place pour importer des draps anglais qu’il revendait au détail. Ses frères l’ont rejoint ensuite, ses enfants ont repris l’activité, de sorte que mon arrière-grand-père partageait son temps entre Londres et Paris. Globalement, c’est toute l’histoire familiale qui est liée à l’Angleterre. Mon grand-père a vécu à Londres, mon père a vécu à Londres, j’ai vécu à Londres. Il faut comprendre qu’à partir de la construction de la Dormeuil House, à Golden Square, en 1926, il y a eu deux sièges sociaux, chacun doté de sa propre zone d’exportation. Le siège français était tourné vers l’économie française, le siège anglais vers l’économie anglaise. Or, nous avions déjà à cette date un bureau à New York, nous exportions au Japon, en Chine, où mon arrière-grand-père avait été pionnier. Ensuite, Paris a ouvert une division Femme dans les années 1950 pour fournir la Haute Couture alors en plein développement et pour accompagner une demande forte de la part des particuliers, entretenue par un nombre élevé de couturières. Pour ma part, j’ai voulu, dès que cela a été possible, être indépendant des fabricants (même si, à l’époque, nous avions nos propres collections en exclusivité) et maîtriser les matières premières et la fabrication. Nous avons donc acheté une société en Angleterre, qui nous permet aujourd’hui de fabriquer 75% de nos collections, les 25% restants (qui représentent en réalité des produits spécifiques que nous ne pourrions pas faire en Angleterre) étant sous-traités en Italie, sous le contrôle de notre personnel.

Dormeuil House, Londres

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Vous achetez donc la matière brute ?

Dominic Dormeuil – Cela dépend. Nous achetons beaucoup de matière brute : laine d’Australie ou de Nouvelle-Zélande, cachemire de Mongolie, vigogne du Pérou et d’Argentine, et de temps en temps nous achetons des tops ou des fils ; dans tous les cas, nous maîtrisons entièrement la filière. Nous dépensons beaucoup d’argent et d’énergie pour découvrir de nouvelles matières, de nouveaux tissus, de nouveaux mélanges. Dans la mesure où les grandes marques de luxe (et pas seulement les grandes marques de luxe) ont toutes des besoins différents, nous essayons de réaliser des exclusifs pour chacune d’entre elles. Pour ce faire, nous disposons pour chaque client d’un dessinateur, d’un commercial et d’un responsable des commandes et de la production. L’un de nos soucis consiste à faire comprendre à nos interlocuteurs, toujours extrêmement exigeants en termes de délais, que nous travaillons avec des matières premières naturelles et que l’on ne peut pas aller plus vite que la nature.

Dominic Dormeuil

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Parallèlement à la production de tissu pour le prêt-à-porter, vous travaillez avec de très nombreux tailleurs…

Dominic Dormeuil – Autrefois, les tailleurs étaient la base du métier et représentaient cent pour cent de notre chiffre d’affaires. Aujourd’hui, le nombre de tailleurs a diminué, il y en a encore beaucoup au Japon, beaucoup en Chine, beaucoup dans les pays asiatiques, beaucoup en Amérique du Sud, beaucoup en Italie, beaucoup au Portugal, un peu en France, un peu en Angleterre, en Espagne, en Turquie. Les tailleurs sont très importants pour nous, même s’ils ne sont pas notre source de revenus principale, car ils font les plus beaux vêtements du monde. En outre, la demi-mesure et la mesure ont pris une grande place par le biais de nos boutiques. La personnalisation est dans l’air du temps : on la trouve dans le parfum, dans l’automobile, dans le vêtement… Les hommes ont envie de s’habiller avec un vêtement personnalisé, unique, et qui échappe à la logique des prix sur Internet. De mon côté, je suis persuadé que la demi-mesure est une chance : après avoir goûté à la personnalisation (même à un premier prix de qualité moyenne), un jeune ne reviendra plus jamais vers le prêt-à-porter mais voudra monter en gamme et accéder au sur mesure.

Dormeuil luxury cloth

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Qu’en est-il de l’Italie pour Dormeuil ?

Dominic Dormeuil – L’Italie est un très bon marché, c’est, quoi qu’on en dise, le berceau du beau vêtement en prêt-à-porter et en demi-mesure. Les plus beaux vêtements sont fabriqués en Italie. Des marques comme Kiton ou Brioni sont d’excellentes marques. Remarquez que les difficultés pour ces grandes marques sont colossales. Paolo Zegna me disait il y a quelques années : « Tu sais, Dominic, ce qui est compliqué pour nous, c’est de conquérir une clientèle plus jeune sans perdre les clients plus anciens, de telle sorte que nous puissions réduire la moyenne d’âge de la clientèle de deux-trois ans ».

Dominic Dormeuil

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Je voudrais revenir sur l’histoire de la maison : vous avez une tradition d’innovation avant même de posséder votre propre usine. Votre arrière-grand-père et votre grand-père ont créé le Sportex dans les années 1920…

Dominic Dormeuil – En 1922. Un tissu qui a connu un énorme succès, parce que c’était LE tissu sportif. On pouvait monter à cheval avec, jouer au golf avec, faire de la voiture avec : il ne froissait pas. Le Sportex était fabriqué en Ecosse à partir d’un fil cardé assez gros, tissé très serré, quasiment impénétrable. Par ailleurs, c’était le premier tissu doté d’une lisière parlante, ce qui permettait d’éviter que des marchands ou des tailleurs peu scrupuleux soient tentés de tricher sur l’identité des tissus. Mais oui, le grand champion de golf Henry Cotton portait du Sportex. Par exemple… Dans les années 1950, le Tonik a lui aussi connu un succès extraordinaire. Il s’agissait d’un mohair trois fils chaîne et trame (trois fils laine en chaîne, trois fils pur mohair en trame) : un tissu très difficile à fabriquer, dans la mesure où il fallait retordre les trois fils ensemble.

Sportex by Dormeuil

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Très difficile à travailler aussi, j’imagine ?

Dominic Dormeuil – Pas tellement, dans la mesure où le tissu était très rigide ; comme il ne bougeait pas, on pouvait le couper assez aisément. Dans les années 1960, le Tonik est devenu très à la mode en Angleterre. On ne le sait pas forcément, mais le James Bond de ces années-là porte du Tonik, par exemple. L’histoire du nom est d’ailleurs intéressante : après avoir finalisé la collection, mon grand-père revient à Paris en train du Yorkshire où était fabriqué le tissu, et, s’arrêtant au bar, commande un Gin Tonic. Bingo ! Il ne lui restait plus qu’à remplacer le « c » par un « k ». Par la suite, d’autres tissus Dormeuil ont connu à leur tour un grand succès : le Super Brio (qui est un tissu mohair plus léger), le Laser (premier tissu très retordu en chaîne et en trame, très performant, très léger), tous les Amadeus, créés en 1991 à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Mozart ; sans oublier bien sûr les tissus luxueux et rares, comme le pashmina ou l’extreme vicuna. Pour vous donner une idée, nous sommes aujourd’hui le seul fabricant au monde à colorer la vigogne.

Dormeuil Iconik

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Depuis vingt ans, vous êtes le spécialiste des matières précieuses en France. Comment est organisé le marché des matières premières ? Le cachemire, par exemple ?

Dominic Dormeuil – Si l’on prend le cas du cachemire de Mongolie, les éleveurs vendent leur cachemire à des coopératives locales ou à des marchands chinois qui font le déplacement jusqu’aux villages. Ces laines sont ensuite vendues une première fois sur le marché national, sans doute à des intermédiaires qui vont les nettoyer et/ou les filer pour les revendre ensuite. Nous sommes plus axés sur la Mongolie, parce que la Mongolie nous permet d’obtenir de meilleures qualités que le cachemire chinois qui n’est pas toujours pur. Sachant que les Chinois eux-mêmes achètent en Mongolie pour valoriser leur cachemire.

Dormeuil, chèvre cachemire

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Qu’est-ce qui distingue vos tissus ? Les finissages, j’imagine ? Ils sont a priori plus anglais ?

Dominic Dormeuil – Oui. Pas totalement anglais, mais un finissage Dormeuil n’a rien à voir avec un finissage italien, l’aspect est plus luxueux, plus brillant, le tissage est plus serré. La philosophie anglaise consiste à serrer le tissu, à ne pas l’ouvrir, à avoir plus de matière dans le tissu donc un poids plus élevé par rapport au poids des tissus italiens. C’est un peu la différence entre une voiture allemande et une voiture italienne. Vous ne serez jamais déçu par un tissu anglais…

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Vous avez publié il y a quelques mois un livre de photos consacré à ce qui forme le socle de votre métier, la matière première, la matière brute. Quel était votre projet avec ce livre ?

Dominic Dormeuil – Ce que je voulais faire avec ce livre, c’était mettre en avant les éleveurs, qui souffrent parce que le prix des matières premières n’est pas très élevé, qu’ils sont soumis à des problèmes nombreux, notamment de pollution, mais aussi de pérennité de l’activité. Je voulais pousser un cri d’alarme en disant, voilà, on parle des défilés, on parle des vitrines, on parle des top models qui portent les vêtements, mais tout ce que vous appréciez, tout cela, vous le devez en dernier ressort à des éleveurs qui travaillent tous les jours de l’année sans exception dans des conditions souvent très rudes. En Mongolie – je le raconte dans le livre -, l’éleveur que j’ai rencontré ne veut pas que ses enfants suivent la même voie que lui ; l’avenir des ses enfants, il le voit plutôt dans un bureau, devant un ordinateur, et il est prêt à se sacrifier pour ce qui lui apparaît comme un meilleur sort que le sien. En ce moment, lui et sa femme s’occupent donc seuls d’un cheptel de 1200 chèvres, à des altitudes élevées qui les contraignent à transhumer, avec les difficultés que vous imaginez. Au Pérou, mis à part le fait que l’altitude est très difficile à vivre et que la nourriture est très pauvre, les paysans ont moins de soucis parce qu’ils vivent en communauté, les enfants vont à l’école ; la vigogne, même recueillie en petite quantité, leur apporte un revenu, et comme ils vivent de peu, l’avenir est moins incertain. En Nouvelle-Zélande, j’ai trouvé des éleveurs découragés en raison du prix trop bas de la laine, si bien que beaucoup d’entre eux sont tentés de se tourner vers la production de viande.

Dormeuil

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Le livre suggère l’idée que la recherche effrénée de la finesse se fait au détriment de la qualité et de la santé des bêtes.

Dominic Dormeuil – Bien sûr. On veut aller vers des micronnages de plus en plus fins, mais un animal qui produit une laine très très très fine ne vit pas dans des conditions normales. Nous, Dormeuil, utilisons des laines très fines, mais en essayant de respecter le cycle naturel. Par ailleurs, la finesse ne suffit pas, il faut que la laine soit résistante, ce qui implique que l’animal vive naturellement, mange de l’herbe, etc., etc.

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Lorsqu’on parle de laines précieuses, on pense naturellement à la vigogne, au cachemire, et on oublie souvent les moutons produisant une laine de grande qualité, tel le mérinos.

Dominic Dormeuil – Le mérinos vient d’Espagne. Les premiers ont été expédiés en Australie, sachant que le plus beau, qui s’appelle le saxon, est un petit mouton vivant en Nouvelle-Zélande qui donne une laine très résistante, très fine, très particulière, mais en quantité très faible (c’est le mérinos qui donne le moins de laine). On ne peut pas avoir une continuité parfaite du tissu d’année en année. S’il y a de la sécheresse en Australie, s’il pleut pendant deux mois en Nouvelle-Zélande et que les moutons ont un peu froid, la laine ne sera pas la même. Par exemple, une laine plus faible par endroits signale que le mouton s’est mal nourri. C’est comme le vin. D’ailleurs, comme je vous le disais, on ne peut pas appuyer sur un bouton pour obtenir une meilleure récolte.

Dominik Dormeuil

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Dernière question : quel est le projet Dormeuil en cours ?

Dominic Dormeuil – Je crois énormément à notre tissu pure laine stretch, baptisé Exel. Avec un tissu pure laine, nous avons réussi à réaliser entre 20 et 25% de stretch, ce qui est énorme. Le vêtement doit bien sûr être conçu en conséquence pour pouvoir s’étirer comme le tissu : il faut mettre la doublure adéquate, ou faire du semi-doublé, mais c’est très très agréable, très utile et… très actuel.

Dominic Dormeuil, Jean-Baptiste Rabouan, À la recherche des laines précieuses, Paris, Éditions Glénat, 176 p., 39,50 €.

Dormeuil Exel

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Bommezzadri, Ernesto, Paideia

Bommezzadri, Ernesto, Paideia : laquelle de ces marques est faite pour vous ?

Difficile parfois de s’y retrouver entre les noms de marques, les fabricants, les lignes bis et autres subtilités commerciales. Le nom « Bommezzadri » n’étant peut-être pas inconnu aux lecteurs de Milanese Special Selection (il arrive en effet que quelques modèles, certes classiques, s’égarent par chez nous à la faveur d’un déstockage ou d’une boutique plus ambitieuse que les autres), je voudrais aujourd’hui vous présenter deux rejetons de cette belle société parmesane, deux concepts originaux qu’il n’est pas interdit d’espérer voir un jour chez Colette ou au Bon Marché, à Paris.

La société Gianfranco Bommezzadri, fondée par Gianfranco Mezzadri, est spécialisée dans la fabrication de pièces à manches haut de gamme depuis 1956. Plus récent, Ernesto est un projet porté par deux hommes, Enrico Mezzadri, fils de Gianfranco, et Vincenzo Reggiani, propriétaire de la boutique Lacerba à Rimini ; un projet en forme de clin d’œil à Oscar Wilde (et à sa pièce The importance of being Earnest, L’importance d’être Constant en français, L’importanza di essere Ernesto en italien). « J’ai pensé, explique Vincenzo Reggiani, que Ernesto reflétait parfaitement notre double identité, comme le personnage principal qui s’appelle Ernest en ville et Jack à la campagne ; de même notre veste, entièrement déstructurée, veste ou chemise, est l’exemple parfait du concept d’easywear : on peut la porter avec désinvolture, aussi bien dans un environnement élégant que dans un contexte plus informel. » Il en résulte, saison après saison, des collections uniques, à tous points de vue : non seulement les tissus exclusifs créés pour Ernesto sont reconnaissables au premier coup d’œil (et plus chers que la plupart de ceux utilisés habituellement pour ce type de produit), mais même la qualité des vestes ne se laisse pas tout à fait confondre avec celle d’autres vestes déstructurées, de facture plus industrielle. Je passe sur le fait qu’en termes de style, Ernesto a eu une influence libératrice sur de nombreux concurrents. La marque The Gigi aurait-elle existé sans l’exemple d’Ernesto ? Pas sûr. Et que dire des nouveaux entrants ?

Restons dans la culture avec Paideia. Pourquoi Paideia ? En grec ancien, le mot désigne l’éducation de la jeunesse, une forme d’apprentissage encyclopédique avant l’heure, censée permettre aux jeunes gens de devenir des hommes accomplis, tant sur le plan de la liberté que sur celui de la morale ou de la beauté. On ne saurait mieux prendre le contrepied du marketing (d’autant que M. Mezzadri a cru bon de conserver la graphie grecque). Autre gageure, que l’on ne saurait que saluer compte tenu de l’uniformité de l’offre prêt-à-porter actuelle : le choix de tissus lourds dans des tons clairs, à contre-courant des attentes de la clientèle internationale. Décidément, c’est peu de dire que parmi les petites maisons de qualité, Bommezzadri mérite d’être citée au rang des plus novatrices et des plus intéressantes. À suivre.

Ernesto, Pitti Uomo 89, collection Automne-Hiver 2016-17

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