Luca Rubinacci

Questions à Luca Rubinacci, Sartoria Rubinacci, Milan

La saga Rubinacci commence dans la première moitié du XIXe siècle et est intimement liée à la ville de Naples. A l’origine, la famille pratiquait le commerce de la soie à partir d’Inde. En 1932, le grand-père de Luca Rubinacci, Gennaro Rubinacci, inaugure « London House » (qui est moins une boutique qu’un club, à l’anglaise) et invente la veste napolitaine, promise par la suite à un succès international. Son père, Mariano Rubinacci, est l’une des grandes figures de l’art tailleur napolitain, l’un des gardiens du temple. Âgé de trente-deux ans, Luca a grandi dans l’atelier familial. En tant qu’esthète, il semble beaucoup plus proche de son grand-père Gennaro. Il est aujourd’hui le directeur créatif de Laboratorio Rubinacci Milano, alors que ses sœurs s’occupent respectivement du département anglais et de la boutique historique à Naples, dirigés par leur père.

Luca Rubinacci

Milanese Special Selection : Quand votre grand-père a commencé son activité, il était fasciné par Londres où il n’avait jamais mis les pieds, mais il ignorait qu’il était sur le point de créer un style capable de concurrencer celui de Savile Row. Lorsqu’est venu votre tour, vous avez décidé d’aller chez Kilgour French Stanbury parce que vous vouliez apprendre les secrets du Row afin d’expérimenter un mélange entre le style anglais et la construction napolitaine. En quel sens ces deux visions, ces deux écoles sont-elles complémentaires ?

Luca Rubinacci : J’ai commencé à travailler avec mon père à l’âge de dix-neuf ans, puis il m’a envoyé étudier pendant un an à la London School of Economics, où j’ai étudié l’économie. Je suis ensuite revenu en Italie. Auparavant, entre huit et dix-neuf ans, je faisais partie de l’équipe de voile italienne, c’est là que j’ai appris le sens de la compétition.
Quand j’ai commencé à travailler, il m’était difficile de travailler avec mon père. J’étais le fils du patron. Mon père m’a donc envoyé chez celui qui était son meilleur concurrent il y a dix ans. J’y suis allé sans avoir la moindre notion du métier. Mon père m’a donné deux costumes, un bleu et un gris, plus une veste, et m’a dit que c’était tout ce dont j’avais besoin pendant mon année de stage.
Le premier jour, les autres stagiaires se moquaient de moi à cause des différences entre nos costumes. C’est ainsi que j’ai découvert les différences entre les styles anglais et napolitain. Ensuite je me suis mis à apprendre le style anglais. Mon père m’a toujours dit qu’un tailleur doit apprendre avec les yeux. Faires des costumes sur-mesure, c’est un peu comme être psychologue.
La structure d’un costume en Angleterre est lourde et sophistiquée, à cause du climat, la structure italienne est plus légère pour la même raison. Adepte d’un art tailleur moderne, je pratique une structure légère corrigée d’un peu de sophistication.

Milanese Special Selection : Que signifie pour vous « être un gentleman » ?

Luca Rubinacci : Etre un gentleman n’a rien à voir avec la manière dont vous vous habillez, c’est une manière de vivre, une question de bon sens. Un gentleman se connaît lui-même.

Milanese Special Selection : Vous considérez-vous comme un dandy ? Le terme « dandy » (ou « dandysme ») est-il approprié pour définir ce que la tradition tailleur napolitaine en général, et Rubinacci en particulier, apportent en termes de style ou de style de vie ?

Luca Rubinacci : Aujourd’hui, il n’y a plus de dandies, car les dandies sont contre l’ordre établi. Le dandy contemporain est une icône, il ne s’oppose plus au système. Dans la mesure où je suis une icône, je me considère comme un dandy.

Milanese Special Selection : Vous avez été « révélé » au public par Scott Schuman alias The Sartorialist, vous tenez un blog dans lequel vous apprenez aux gens à associer les couleurs et les motifs d’une manière inhabituelle mais distinguée, vous vous intéressez de près à ce que les blogueurs écrivent. Pourquoi est-il si important pour vous de personnifier Rubinacci, d’être une icône, un modèle ?

Luca Rubinacci : Il y a deux ans, j’ai commencé à tenir un blog, un peu sur le ton de la plaisanterie, parce que mes clients voulaient voir comment je m’habillais tous les jours. Aujourd’hui, 3500 personnes suivent mon blog. Le jour où je ne poste pas de photo, mes lecteurs pensent que je suis en vacances. C’est faux, je travaille !

Milanese Special Selection : Puis-je commander un costume Rubinacci sans me connaître moi-même ?

Luca Rubinacci : Si quelqu’un ne se connaît pas, il doit aller chez un tailleur qui l’aidera à se connaître soi-même et permettra à sa passion de se développer.

Milanese Special Selection : J’ai lu quelque part que l’âge moyen d’un client Rubinacci était trente ans, mais quelle est la demande standard d’un client Rubinacci ?

Luca Rubinacci : Quand j’ai commencé à travailler, les clients Rubinacci avaient aux alentours de cinquante ans. La génération suivante était plus intéressée par la mode, elle voulait suivre des modèles. C’est la raison pour laquelle j’ai prêté mon visage à la marque, pour que les gens me reconnaissent et me suivent. C’est l’une des raisons pour lesquelles la majorité de mes clients a désormais mon âge ou à peu près.

Milanese Special Selection : Vous avez appris à filer et à imprimer la soie chez Mantero à Côme, vous vendez des accessoires magnifiques, des cravates, des foulards en soie, des pochettes. Quel est le rôle des accessoires dans une garde-robes ?

Luca Rubinacci : Je vends aussi des chaussures et des bracelets. Les accessoires ressemblent à des amuse-gueule. La crise économique est passée par là. Les accessoires sont plus accessibles qu’un costume sur-mesure.

Milanese Special Selection : Où se situe la limite ? Qu’est-ce qui est trop ?

Luca Rubinacci : Il est toujours difficile d’associer les couleurs, mieux vaut y aller petit à petit : une chemise blanche et un pantalon bleu cobalt, par exemple. Vous devez construire votre propre style.

Merci à Monsieur Luca Rubinacci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Photos extraites du Rubinacci Club.

Luca Rubinacci

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