De l’élevage des alpagas en territoire biellais

Les alpagas de Reana Regis : une reconversion assumée

En cette période de fêtes, j’ai pensé qu’un petit conte loin des sentiers battus ne ferait de mal à personne, et surtout pas aux lecteurs de Milanese Special Selection repus de bonne chère et de cadeaux en tous genres. À l’heure où tout le monde rêve d’accorder sa vie professionnelle et ses aspirations profondes, j’ai donc décidé de vous parler d’une femme qui, pour réaliser son rêve de reconversion, n’a pas hésité à troquer le confort d’une vie de bureau contre les contraintes infiniment plus rudes d’une exploitation agricole.

Dans une vie antérieure, Reana Regis travaillait dans une agence bancaire et côtoyait les cadres des dernières grandes entreprises textiles de la commune de Trivero, au premier rang desquelles Ermenegildo Zegna et Vitale Barberis Canonico, voisines de seulement quelques centaines de mètres. Aujourd’hui, elle partage son temps entre l’élevage d’alpagas (transportés à grands frais d’Amérique du Sud), la culture de baies et d’herbes aromatiques (succulentes, je peux en témoigner) et l’accueil des touristes qui veulent bien s’aventurer jusque chez elle. Quand on connaît le travail que requiert chacune de ces activités, on ne peut qu’être admiratif devant l’énergie et la persévérance de Reana (inutile de préciser qu’avant d’être appelé à la rescousse, le vétérinaire local n’avait jamais vu ni de près ni loin le moindre camélidé). J’ouvre ici une parenthèse : touché de plein fouet par la concurrence asiatique, le Biellais est aujourd’hui moins prospère et moins fréquenté que par le passé. La région n’en demeure pas moins une destination touristique à découvrir, non seulement pour son patrimoine textile mais aussi pour ses paysages de montagne (l’Oasis Zegna est magnifique) et la richesse de sa gastronomie. À bon entendeur…

Trivero, ItalieLanificio Ermenegildo Zegna, TriveroOasis ZegnaOasis Zegna

L’alpaga, une matière noble naturellement anti-allergique

Reana Regis possède à ce jour un troupeau de douze alpagas, susceptibles de fournir chacun entre 2,5 et 4 kilos de laine. Après la tonte, les fibres sont débarrassées de leurs impuretés et triées par couleurs, avant d’être mises à tremper dans un bain d’eau tiède augmenté de savon doux. Elles sont ensuite rincées à l’eau pure puis étendues dans un endroit aéré à l’abri du soleil. Une fois sèches, elles seront cardées à deux reprises au moins, puis tissées dans une manufacture des environs. Il en résultera une poignée d’écharpes et de plaids, quelques bonnets et autant de pelotes de laine, tous de première qualité.

La laine d’alpaga est à la fois plus fine, plus chaude (sept fois) et plus résistante (trois fois) que la laine de mouton. L’absence de lanoline (substance cireuse présente dans la laine) la rend en outre anti-allergique. Au toucher, elle peut être rapprochée du cachemire, bien qu’il soit impossible de les confondre.

Agriturismo Il Pascolo di Reana Regis
Loc. Piane di Barbato
13835 Trivero
Tél. : +39 32 98 76 22 58
E-mail : reana.regis@gmail.com

Site : http://www.ilpascolo.com.

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Retour à Paris, mon écharpe autour du cou

J’aime beaucoup mon écharpe en alpaga, non seulement parce qu’elle se marie avec plein de choses tout en étant résolument anti-mode, non seulement parce que j’ai dormi quasiment à l’endroit où elle a été réalisée, non seulement à cause de la gentillesse et de l’hospitalité de Reana Regis, mais parce qu’elle me plonge tout à coup au cœur d’un monde qui tend progressivement à disparaître. Quelle entreprise française accepterait de tisser à la demande 30 ou 40 kilos de laine par an ? Si « simple », si « neutre » stylistiquement parlant que soit ce produit, il est quasiment inconciliable avec une logique marchande. Les boutiques gagnent plus que les fabricants, elles ont besoin de produits tendance et de marques fortes pour justifier leurs marges et leurs prix. So what? La pédagogie progresse, heureusement. Gageons qu’elle favorisera l’émergence de nouveaux marchés, de nouvelles formes de consommation, et permettra aux oubliés de la qualité de vivre de leur travail.

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