Brunello Cucinelli

Brunello Cucinelli, entre cachemire et apostolat

Il est parfois surnommé « le prince du cachemire ». Celui qui, fils d’un modeste agriculteur contraint de travailler en tant qu’ouvrier dans une cimenterie, incarne depuis quelques années l’une des plus brillantes réussites du secteur du luxe, cultive humilité et mysticisme. Son parcours personnel est un exemple de storytelling. Né à Castel Rigone, en Ombrie, il y a 59 ans, Brunello Cucinelli est un autodidacte dont l’éducation s’est faite, pour moitié dans les bars de Pérouse qu’il fréquentait assidûment durant sa jeunesse, pour moitié par le biais de ses lectures littéraires et philosophiques. L’homme a le goût du verbe, aime à citer Kant, Marc-Aurèle, Marx ou Rousseau, et prétend avec Dostoievski (ou plutôt l’un de ses personnages) que « la beauté sauvera le monde ». Tout commence et tout retourne à Solomeo, le village dont sa femme Federica est originaire. Car l’histoire de Cucinelli n’est pas dissociable de cette terre, cette Ombrie de Saint-Benoît et de Saint-François d’Assise, avec ses couleurs ocre et beige caractéristiques et sa longue tradition artisanale. Pas une famille ici qui n’ait un frère ou un cousin travaillant dans le textile. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, la situation économique de la région paraissait incertaine.

Nous sommes à la fin des années 1970. Brunello Cucinelli, étudiant désœuvré d’une école d’ingénieurs d’où il sortira sans diplôme, réfléchit à son avenir. Impressionné par les travaux de Theodore Levitt, il en retient que, s’il veut survivre, l’Occident doit impérativement se tourner vers le haut de gamme. Marchant sur les pas de Luciano Benetton, il décide de faire réaliser six pulls en cachemire multicolores qui lui permettent bientôt d’obtenir une commande plus importante. L’aventure est née, la légende aussi. Depuis, Brunello Cucinelli semble avoir endossé les habits de seigneur de Solomeo. Il a fait restaurer le château, siège actuel de l’entreprise, ainsi qu’une quinzaine de maisons-ateliers, un théâtre inspiré de celui de Sabbioneta, a crée un espace culturel, un centre d’apprentissage, un festival de musique classique, une cantine qui ressemble à une auberge, une crèche, etc. Ses salariés, un peu moins de 800, sont payés 20% de plus que la moyenne du secteur, et ont tous reçu, à l’occasion de l’entrée en bourse de la société en 2012, une prime exceptionnelle de 6385 euros. Tout autour du village, 1200 façonniers locaux travaillent pour Cucinelli, présent dans 54 pays à travers un réseau de 70 boutiques en propre et d’un millier de boutiques multimarques. Chiffre d’affaires 2012 de l’année passée : 279 millions d’euro. Brunello Cucinelli est un patron pragmatique que les épreuves ont fortifié. Son credo ? Un capitalisme « humaniste » ou « éthique », comprenons un mélange d’intransigeance, de « dignité du produit », d’exclusivité, de fierté et de paternalisme social. Sa règle ? Peu ou prou celle de Saint-Benoît : « être rigoureux et doux, maître exigeant et père aimable ». Il ne vend pas seulement des vêtements et il le sait. Il pense aux prochains siècles, à la trace qu’il pourrait laisser, non aux prochains mois ni aux prochaines années d’exercice de son affaire. L’époque lui a d’ores et déjà donné raison. Fait docteur honoris causa en philosophie et éthique des relations humaines par l’université de Pérouse, il a reçu le prix Ernst & Young du meilleur entrepreneur et s’est même vu décorer par le président de la République Giorgio Napolitano.

Cette avalanche de chiffres et de récompenses ferait presque oublier l’essentiel : le produit. « Tout part de la veste », déclare celui qui doit une grande partie de sa réussite au pull-over. « Si je dois aller à l’université, je mets une veste marron avec un chino. A une réception, un costume croisé à rayures craies, avec une cravate anthracite. A une réunion, une veste grise avec un pantalon droit, à pinces, étroit et court. La veste est fondamentale : elle doit mettre en évidence les hanches, les pectoraux et les fesses de l’homme. » L’apôtre du cachemire et de la tolérance serait-il aussi un expert en séduction ?

Brunello Cucinelli
Via Dell’Industria, 5
06073 Solomeo

Site : http://www.brunellocucinelli.com.

Outlet Brunello Cucinelli
Piazza Carlo Alberto Dalla Chiesa, 6
06073 Solomeo
Tél. : +39 075 52 94 81
Horaires : du lundi au vendredi, 09:00-12:30, 15:00-19:00 ; samedi, 09:00-12:30.

Brunello Cucinelli outlet

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