Antica Sartoria Leonardi

Antica Sartoria Leonardi : Naples, encore et toujours

À force d’ingérer des images d’ateliers, il est de plus en plus difficile de se faire une idée du travail et des intentions des tailleurs, petits et grands, jeunes ou vieux – vrais ou faux ? -, qui fleurissent sur nos écrans d’une année sur l’autre. Intrigué par certaines pièces vues sur l’Instagram de l’Antica Sartoria Leonardi (et plus encore, par l’inégal intérêt desdites pièces), j’ai voulu en avoir le cœur net. Je me suis donc rendu à Arzano, petite ville de la région de Naples, afin de mieux apprécier l’originalité de cet atelier qui, succès oblige, a récemment été contraint de déménager.

Avant toute chose, l’Antica Sartoria Leonardi est une petite structure familiale qui mêle artisans expérimentés et jeunes gens formés à l’atelier, une dizaine de personnes en tout, sous la houlette de monsieur Leonardi, assisté de sa femme et de son jeune fils. Pourquoi « antica », me direz-vous ? L’entreprise n’a rien d’ancien. Néanmoins, la famille Leonardi pratique la couture depuis au moins trois générations. De là à dire que l’activité existe de toute éternité, il n’y a qu’un pas, certes un peu vite franchi – rien de grave, toutefois, ni d’inhabituel compte tenu des usages locaux.

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À l’heure où le simple fait d’être passé par tel ou tel permet de se vendre au premier venu, il est bon de rappeler qu’Alfonso Leonardi, pur enfant de la sartoria napolitaine (il me montre les cales de ses mains), a passé de longues années chez Kiton (situé à moins d’un kilomètre), avant de développer les pièces à manche pour la maison Luigi Borrelli (qui, du temps de sa splendeur, c’est-à-dire avant que les ennuis judiciaires que l’on sait ne viennent ternir son image et sa réputation, n’était, rappelons, « que » chemisier – et quel chemisier !). Loin de se contenter de prendre les mesures de ses clients, ou de vous expliquer avec volubilité en quoi consiste l’art tailleur, le seul, le vrai, le napolitain, monsieur Leonardi met lui-même la main à la pâte. D’ailleurs, rien n’échappe à son contrôle, et tous les ouvriers, du plus jeune au plus ancien, se pressent pour lui présenter leur travail.

En termes de style, Alfonso Leonardi a pour principe de ne jamais rien refuser à ses clients, ce qui explique en partie les revers hauts, les pointes de flèche et le reste. Mais qu’en est-il en termes de travail ? Faute de pouvoir témoigner des trois essayages réglementaires, je m’en tiendrai pour aujourd’hui à des remarques générales. La première : la légèreté et le confort des vestes qu’il m’a été donné d’essayer sont particulièrement appréciables. De ce point de vue, Naples aura toujours une longueur d’avance sur ses concurrents (même si des tailleurs plus proches de nous, sans renoncer à la légèreté ni au confort, offrent une qualité de construction et de finitions supérieures). Deuxième remarque : certaines pièces, même parmi les plus exubérantes, en rachètent largement d’autres, toutes choses égales par ailleurs. Autrement dit, avant de passer commande d’une veste ou d’un costume à la Sartoria Leonardi, mieux vaut savoir exactement quoi lui demander. Cette remarque vaut évidemment pour n’importe quel tailleur, elle prend tout son sens dès lors que votre interlocuteur n’est pas particulièrement enclin à vous conseiller. Pour une première fois, une veste trois boutons transformable peut être un choix judicieux.

Un lecteur me demandait récemment qui était le meilleur tailleur napolitain compte tenu d’un budget serré. Je fus bien embêté de répondre, et plus embêté encore de constater que ma réponse ne lui convenait pas. D’abord parce qu’on ne devrait pas acheter un costume sur mesure en fonction d’un budget, à moins de croire aux miracles. Ensuite parce que la première fois est rarement la bonne. Vous envisagez d’expérimenter la mesure ? Le risque fait partie de l’expérience. Vous ne trouverez pas forcément votre tailleur du premier coup, et quand bien même vous l’auriez trouvé, la première livraison peut parfois s’avérer décevante, sans que cela doive laisser présager de la suite.

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Détails d’un pantalon Antica Sartoria Leonardi

Les pantalons « faits main » ont depuis quelque temps le vent en poupe. En témoigne le succès de Salvatore Ambrosi, ou, plus récemment, celui de Marco Cerrato. Mais à Naples, ce genre de travail n’est pas rare, il s’inscrit même dans une tradition ancienne. Comme on le voit sur les images qui suivent, les pantalons Leonardi sont esthétiquement parfaits. Si les petits points à la main requièrent un peu de soin à l’usage, il faut avouer qu’ils apportent beaucoup en termes de style et de qualité perçue. Une bonne nouvelle : les travetti, ici, ne semblent pas avoir été multipliés inutilement pour « faire riche », comme on peut le déplorer parfois, y compris chez certains pantalonniers industriels. Autre point encourageant : le boss, soucieux de garder la main sur sa fabrication, met un point d’honneur à ne pas faire appel à des culottiers à domicile. Tout serait donc fait sur place.

Reste un léger souci : habitué des grands froids russes, monsieur Leonardi n’a pas prévu pour l’instant de faire un détour par Paris. Or, la zone industrielle d’Arzano n’est pas la destination la plus commode.

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