Chemises Siniscalchi, acte IV

Retour d’expérience : la chemise sur mesure par Alessandro Siniscalchi

J’ai déjà eu l’occasion de le dire ici, Alessandro Siniscalchi est un perfectionniste.

Une anecdote suffira à illustrer la véracité de mon propos. Au cours du mois de novembre de l’année dernière, alors que je me rends à un rendez-vous à Milan, je croise par hasard Alessandro et Cinzia. Lui, après les premiers mots échangés : « Et la chemise, tu ne me l’as pas rapportée ! » Non seulement je n’avais jamais rapporté ma première chemise Siniscalchi, commandée un an plus tôt, pour le quatrième essayage (celui qui, après plusieurs ports, décide du bien-fondé des mesures et des ultimes corrections à apporter), mais, malgré mes passages répétés à Milan depuis, j’avais commis la maladresse – plus que la maladresse, l’erreur fatale pour tout amateur de sur mesure et de travail bien fait – de l’oublier à Paris. Alessandro : « Comment veux-tu que je sache ce qui ne va pas si tu ne me la rapportes pas ? Il faut que tu viennes avant que je n’aie plus le tissu correspondant. » J’étais un peu confus, d’autant plus que, pour connaître de longue date cet artisan intègre, timide, parfois intimidant, je sais qu’il ne triche pas. Rien à voir avec les simagrées de certains « tailleurs » italiens, toujours prêts à vous vendre le Panthéon, la lune, leur amitié indéfectible, leur vanité blessée, j’en passe, et des meilleures.

Début janvier, de retour dans la capitale officieuse de l’Italie, je m’empresse donc d’aller voir Alessandro et Cinzia. Résultat : des manches légèrement plus longues (un petit centimètre de confort en plus – désolé pour les carreaux, maestro), un patronage rectifié en conséquence, et un pouillième rajouté au col, le reste frôlant la perfection. Fort de ces bases saines, Alessandro a pu, comme il dit, en remettre une en route. Pour ce modèle plus sport, un nouveau col a été dessiné, assorti d’une triplure plus légère. Livraison des deux chemises, un mois plus tard. Rapidité, efficacité. Oui, je sais, les initiales brodées sont une coquetterie, mais, compte tenu du remarquable travail de la boutonniériste, il serait vraiment dommage de passer à côté.

Mes deux chemises Siniscalchi Milano

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Maison Sirven, tailleur à Paris

Maison Sirven, la grande mesure dans le sillage de Francesco Smalto

Sur le poêle prussien de l’atelier, ni cachés ni exhibés, quelques livres. Deux – ce n’est pas un hasard – sont consacrés à Francesco Smalto. Un coup d’œil alentour, tant sur les vestes en cours que sur celles en attente d’être livrées, suffit à comprendre l’admiration que vouent au génie calabrais de la coupe les fondateurs de Maison Sirven.

Aïdée et Florian Sirven se sont rencontré une première fois lors d’une réunion de jeunes tailleurs, une seconde chez Francesco Smalto, ne se sont plus quittés depuis – pour finir par se lancer dans l’aventure de la grande mesure ensemble début 2016.

Petit récapitulatif des faits. Jurassien d’origine, Florian Sirven tombe par hasard à l’âge de 24 ans sur un article de M. Guilson déclarant son intention de créer une école pour apprentis-tailleurs. Il s’inscrit aussitôt sur la liste d’attente. Passés les dix mois de cours vient le moment des stages (le premier aura lieu chez chez Camps de Luca, le second chez Claude Rousseau). Hélas, trois fois hélas, l’A.F.T. naissante, si elle a le mérite d’offrir un cadre aux aspirants tailleurs, ne permet pas de devenir efficace du jour au lendemain, et encore moins de décrocher un emploi. Après six mois de démarches vaines, le jeune impétrant décide donc de prendre le chemin de l’A.I.C.P. (l’Académie Internationale de Coupe de Paris, dirigée par M. Vauclair), filière coupe/moulage Femme, afin d’être engagé en apprentissage – ce sera chez Smalto. Son premier CDI lui vaudra d’être coupeur. Sous les ordres de Didier, Florian continue d’apprendre. Lorsque Kenjiro Suzuki, après quatre ans passés aux patronages, décide de voler de ses propres ailes, c’est lui qui est appelé à le remplacer. Il restera premier coupeur pendant cinq ans, endossant en outre le rôle de chef d’atelier la dernière année.

Par comparaison, le parcours d’Aïdée Grau apparaît presque plus classique. Fille de costumière (pour le théâtre), la jeune femme nourrit depuis l’enfance une passion pour le vêtement d’époque. Après avoir envisagé de travailler pour le cinéma, elle s’inscrit en BEP tailleur, passe le CAP tailleur la même année, et enchaîne les stages (Gabriel Gonzalez, David Diagne, Maison Brano). A l’issue de l’A.F.T., elle est engagée chez Lanvin comme saladeuse (pour mémoire, le saladeur est la personne qui prépare la bûche, ou cartouche du tailleur, de manière à organiser le plus efficacement le travail des ouvriers de l’atelier), poste qu’elle occupera également chez Smalto de 2013 à 2015.

Les présentations étant faites, passons maintenant au cœur du sujet.

À la rencontre des fondateurs de Maison Sirven

Une prise de mesures avec essayage sur toile-gabarit (même principe que chez Francesco Smalto, Camps de Luca et Brahim Bouloujour), un patronage individuel, rectifié après essayage, un dessous de col et un revers personnalisés, une bûche on ne peut plus rationnelle et précise, tout cela dans un cadre aux allures de laboratoire, Aïdée et Florian Sirven se sont donné les moyens de leurs ambitions. Côté façon, la veste est souple, fluide, avec – et c’est un point remarquable, tant les tailleurs actuels ont tendance à vous livrer des pulls en tissu – une vraie tenue. Les finitions sont fines et méticuleuses (on n’en attendait pas moins). Côté coupe, l’éventail est très large, plus large en tout cas que ce laisseraient supposer les choix assez canoniques des clients qu’il m’a été donné d’observer. À ce sujet, une remarque s’impose : bien que nous ayons tous une idée assez précise de ce qu’était le style Francesco Smalto, il convient de souligner que monsieur Smalto lui-même n’était inféodé à aucun code, pas même le sien. Tailleur au sens plein du terme, il se pliait aux goûts de la clientèle et à ses contraintes morphologiques. Il en va de même pour Maison Sirven, dont l’inspiration première n’épuise pas la variété des talents. Un mot enfin sur la lavorazione, la mise au point de la veste : passée la première commande (intégralement traitée en interne, pour des raisons que l’on devine aisément), toutes les opérations sont faites sur place, à l’exception du montage du col et du montage des manches, confiés à des apiéceurs extérieurs. Quant à la réalisation des pantalons, comme partout ailleurs depuis des décennies, elle échoit à des culottiers expérimentés, le patronage et la coupe étant le fait de Florian. Décidément, la transparence est totale.

Aïdée et Florian Sirven vous reçoivent 33, rue de l’Arcade 75008 Paris, et sont joignables au 06 74 25 08 25. Demandez-leur le vêtement de vos rêves. Ils se feront une joie de lui donner forme.

Tarifs moyens : compter 3500 euros pour une veste seule, 5000 euros pour un costume deux pièces (étant entendu qu’à ce prix, il est possible de piocher dans une très large gamme de tissus anglais et italiens allant du Super 120’s au Super 180’s).

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La veste sport par Cifonelli

Cinq nouvelles vestes sport signées Lorenzo Cifonelli

Nous connaissons tous les vestes sport Cifonelli, partie intégrante du renouveau de la maison de la rue Marbeuf en termes d’image, ou, pour le dire autrement, réinvention du métier de tailleur par l’image, au point que l’on peut parler d’un avant et d’un après dans la reconnaissance du sur mesure, naguère sous-représenté. Je vous propose aujourd’hui d’en découvrir cinq, remarquables par leur nouveauté et par leur style. Parmi ces cinq vestes, quatre sont des un bouton. Un choix que d’aucuns trouveront peut-être délicat à assumer ; pourtant, une veste un bouton n’est ni plus ni moins difficile à porter qu’une veste croisée. Dans les deux cas, tout est question d’équilibre.

veste sport Cifonelli

Quiconque connaît un peu l’histoire des tailleurs parisiens sait qu’ils ne vivent pas, qu’ils n’ont jamais vécu dans un empyrée inaccessible. Comment le pourraient-ils, d’ailleurs ? Au plus près des demandes de la clientèle, ils ne sauraient s’y dérober. Suivre la mode ou la créer, telle est la question, et cette question concerne tout le monde.

Lorenzo Cifonelli

Pour y répondre, Lorenzo Cifonelli a eu l’idée de proposer : proposer à des hommes qui ont moins d’imagination qu’ils ne le croient des vestes que l’on pourrait presque dire « transgenre », puisqu’elles empruntent aussi bien à tous les registres : habillé, décontracté, ville, campagne. Les codes traditionnels du vestiaire s’estompent. Proposer, mais aussi inventer, dans les limites imposées par l’exercice (car après tout, comme l’admet l’intéressé dans un sourire, « une veste n’est pas transformable à l’infini »). Ce brouillage des codes maîtrisé est le moyen de gagner une clientèle plus jeune, à la recherche d’un vêtement « polyvalent ». Les variations apportées affectent la coupe, mais aussi les détails stylistiques, certains structurels, d’autres purement décoratifs. Les ganses, les martingales, les poches à soufflet, les empiècements, les broderies, séduiront des personnalités très diverses. N’oublions pas le choix des matières. Pour connaître – un peu – monsieur Cifonelli, je pense qu’il préférerait se faire pendre plutôt que de passer à côté d’un nouveau tissu.

veste Cifonelli col maoveste Cifonelli col maoveste Cifonelli un boutonveste Cifonelli un bouton

Cifonelli compte aujourd’hui environ 25 modèles de vestes sport, mis au point à partir du milieu des années 2000. Développer un nouveau modèle prend du temps, malgré d’apparents airs de famille. Précisément, une proposition inédite est à l’étude. Je ne divulguerai pas ici ce qui devrait faire dans quelques mois l’actualité du petit monde des amateurs de bespoke tailoring. La seule chose que je puisse dire est que le pari sera osé. À suivre.

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La vigogne par Piacenza 1733

La vigogne, fibre la plus précieuse au monde

Le caviar a-t-il besoin de publicité ? La question se pose aussi pour la vigogne. Coqueluche des grands de ce monde, elle est l’apanage des (grands) tailleurs, qui seuls savent la travailler. Francesco Smalto en fut longtemps le spécialiste incontesté (à ce sujet, Stéphane, aux Batignolles, vendait il y a peu un sublime manteau Camps de Luca en vigogne noire, col et doublure en fourrure, le genre de pièce que l’on ne voit qu’une fois).

La vigogne désigne à la fois un petit animal sauvage de la famille des camélidés et la toison issue de cet animal. Une toison extrêmement précieuse, puisque la tonte, biennale, ne permet de recueillir que 150 grammes exploitables ; 150 grammes d’une fibre aussi longue que fine, aux propriétés thermiques sans équivalent.

Les vigognes vivent dans les Andes, à des altitudes élevées (entre 3500 et 4800 mètres), regroupées en petits troupeaux. Au temps des Incas, seuls les empereurs étaient habilités à porter de la vigogne. Encore le faisaient-ils souvent dans un but spécifique. Porté dans le cadre de cérémonies particulières, tel vêtement était ensuite offert à titre de distinction. Le soin que les Incas prenaient de ces animaux sauvages est d’ailleurs tout à fait révélateur de la place qu’ils leur accordaient. Capturés lors de battues (les chaccus) mobilisant des dizaines de milliers d’hommes, ceux-ci étaient relâchés après la tonte. Les Andes comptaient alors pas moins de deux millions de vigognes. Les Conquistadors espagnols n’eurent pas ces prévenances ; leur pratique effrénée de la chasse, imitée jusqu’à une période récente par les exploitants locaux, devait conduire à la quasi extinction de l’espèce (moins de 5000 individus au début des années 1950).

Face à l’ampleur du danger, le gouvernement péruvien décida d’interdire totalement le commerce puis la chasse de la vigogne, si bien qu’en dépit du braconnage, persistant, la population recommença à augmenter lentement. En 1987, à la conférence de Washington, il fut donc décidé de commercialiser à nouveau la toison d’animaux répartis en cinq zones, quatre au Pérou, une cinquième au Chili. On ne peut ignorer le rôle de Loro Piana dans cette relance contrôlée de l’exploitation (l’accord passé avec le président péruvien Alberto Fujimori étant à cet égard exemplaire d’une politique commerciale raisonnée et durable). On dénombre aujourd’hui environ 150 000 animaux (dont 70% localisés au Pérou), pour une production n’excédant pas quelques tonnes. Lorsqu’on sait combien il faut de fibre pour produire un métrage de veste ou de manteau, on comprend mieux pourquoi le luxe doit demeurer l’exception.

Piacenza 1733 : l’autre nom de la vigogne

La première rencontre de Carlo Piacenza avec le Pérou remonte à 1975. Il s’agissait alors pour le jeune homme (vingt ans) de visiter les éleveurs d’alpagas, ses fournisseurs. Depuis, le représentant de la neuvième génération à la tête de l’entreprise tricentenaire y revient régulièrement. Il a même laissé sur place une Moto Guzzi pour découvrir les régions du pays qu’il connaît moins. Son premier souci fut d’assurer aux éleveurs locaux (les vigognes vivent le plus souvent désormais en semi-liberté) une indépendance matérielle et une juste rétribution de leur travail. Son autre priorité fut de transférer à ces mêmes éleveurs les compétences de la maison en matière de fibres nobles, de manière à préserver les animaux le mieux possible.

Quant à la qualité des tissus, les images qui suivent parlent d’elles-mêmes. Il faut savoir que pour des raisons chimiques, il est très difficile de teinter la fibre de vigogne (toute agression se soldant par une perte de douceur et de brillance irrémédiable). Scabal, le premier, s’y est essayé – c’était en 2011 -, suivi par Dormeuil (dont la vigogne n’est pas tout à fait la même, puisqu’elle provient d’Argentine). Depuis plusieurs années, Piacenza 1733 a lui aussi beaucoup investi en ce sens. Le résultat est à la mesure de l’expérience accumulée par la firme de Pollone en matière de traitement des fibres naturelles. Les bleus sont superbes, les gris profonds, le rouge intense et surprenant. Autre prouesse de taille : l’introduction de motifs dans le tissage, véritable casse-tête à la fabrication.

Le prix de ces merveilles est à la mesure de l’effort. Mais n’est-il pas normal, par définition, que le vrai luxe ne puisse être étendu au plus grand nombre ? Apprenons à rêver, il en restera toujours quelque chose.

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Vigo : French-American savoir-faire

Vigo Couture Paris : l’autre soirée qu’il ne fallait pas manquer

Moins en vue que la Dandy’s Night au Plaza Athénée ou la soirée A. Lange & Söhne/Alexander Kraft au Cercle de l’Union Interalliée (très agréable au demeurant, en dépit d’une foule compacte), avait lieu il y a quelques jours un événement en comité restreint organisé par Joris Duval et Aaliyah Picanso afin de faire découvrir à leurs client(e)s les dernières créations de la maison Vigo. Ayant eu plaisir de suivre ce jeune couple de tailleurs-créateurs depuis les débuts de leur aventure, je ne peux que me réjouir des progrès qu’ils ont accomplis en si peu de temps, convaincu par ailleurs qu’ils ne s’arrêteront pas en si bon chemin. Sans soutien financier particulier (mais au prix d’un travail considérable), les fondateurs de Vigo continuent en effet à enrichir leur collection modèle après modèle tout en affirmant leur singularité à coups de références vintage et de clins d’œil couture. Le pari est osé, puisqu’il s’agit rien moins que de proposer à une audience féminine, injustement qualifiée de « suiviste » y compris par les observateurs les plus avisés, un prêt-à-porter fait main sur la base d’un patronage individuel. On le voit, la frontière avec le bespoke est ténue, d’autant que les demandes de personnalisation sont très largement encouragées par un Joris Duval qui n’aime rien tant qu’être mis au défi.

Parmi les pièces les plus remarquables de cette première soirée Vigo, on retiendra notamment un pantalon en denim doté d’une très élégante ceinture intégrée (must have absolu !), une cape en cachemire bordée de vison fermée par un nœud rétro à souhait, et, last but not least, un ensemble en donegal partiellement matelassé, idéal pour les promenades dans la lande. Pour la veste, il faudra patienter encore deux mois ou plus. Le troisième prototype est en cours de réalisation à l’atelier. Or, s’il ne donne pas entière satisfaction à son auteur, nul doute qu’il sera bientôt détruit pour être remplacé par un quatrième. Le service client(e) est à ce prix…

Les nouvelles pièces couture de Vigo pour le plaisir des yeux

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Plaza Athénée Dandy’s Night 2017

La Dandys’ Night 2017 au Plaza-Athénée : luxe, champagne et artisanat

Pour la seconde année consécutive avait lieu les 22 et 23 février la Dandys’ Night, heureuse initiative réunissant au premier étage de l’hôtel Plaza Athénée, privatisé pour l’occasion, une douzaine d’exposants venus d’horizons variés et réunis sous la bannière du luxe. Parmi les plus remarquables, citons Cifonelli, bien sûr, Vacheron Constantin, Chapal, mais aussi d’autres noms un peu moins familiers du grand public (du moins, pour le moment), la chapelière Pauline Brosset, Maison Tamboite, fabricant de cycles français à l’élégance raffinée, ainsi que les Ateliers Baudin, lunetier sur mesure fondé par Guillaume Clerc. Ayant eu la chance de pouvoir pousser la porte des chambres avant l’ouverture aux invités, je vous livre ici un aperçu de la soirée en photos, en espérant que cette mise en bouche vous donnera envie d’en savoir plus sur les artisans et sociétés représentés.

La Plaza Athénée Dandy’s Night 2017 : galerie photo

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We Are Dandy Party, Florence, janvier 2017

Les dandys ont décidément le vent en poupe. Qu’importe qu’ils n’aient plus grand-chose à voir avec leurs ancêtres fin-de-siècle, qui auraient préféré mourir mille morts plutôt que de se retrouver tous ensemble au même endroit, ils s’affublent, ils s’affichent, et ils s’assument. Il y a un mois, les plus zélés d’entre eux avaient été conviés à Florence pour célébrer la parution du livre We Are Dandy. The Elegant Gentlemen around The Word, par Rose Callahan et Nathaniel Adams (la suite de I’m Dandy. The Return of the Elegant Gentleman) au cours d’une soirée organisée par l’immanquable Ignatious Joseph, alias « l’homme aux chaussures rouges ». Un effet de miroir gentiment postmoderne, puisque la plupart des personnages présents étaient ceux-là même sans qui le livre n’aurait pu exister. Au-delà de la caricature, on ne peut que se réjouir de l’ambiance festive et détendue de cette soirée, très différente de l’esprit de sérieux qui préside parfois aux destinées dites sartoriales de nos compatriotes les plus sûrs d’eux. Sur certaines des photos suivantes, on reconnaîtra aisément Mickaël Loir (Le Loir en Papillon), Pascal Zimmer (Basics and Bespoke), Defustel Ndjoko (auto-proclamé « baron du Grandandytisme »), et le légendaire Edward Sexton, dont je ne me lasse pas de l’amabilité (et encore moins du style). L’homme de goût ne pourrait-il prendre plaisir à l’extravagance ?

We Are Dandy Party - Mickaël LoirWe Are Dandy PartyWe Are Dandy PartyWe Are Dandy PartyWe Are Dandy PartyWe Are Dandy PartyWe Are Dandy PartyWe Are Dandy PartyWe Are Dandy PartyWe Are Dandy PartyWe Are Dandy Party

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Sastreria El 91, Madrid

Sastreria El 91 : l’Espagne réactivée

Ils ont remis la cape au goût du jour, commercialisent des chapeaux, des accessoires, taillent des costumes, déclinent leurs looks en prêt-à-porter et en demi-mesure, les fondateurs de Sastreria El 91 innovent, détonnent, dans un paysage pitti-esque consensuel jusque dans son excentricité. Rien d’étonnant, dès lors, à ce qu’en à peine trois ans, Paul et Caterina aient réussi à se faire remarquer des photographes et à faire valoir leur singulière identité. En attendant de leur rendre visite chez eux, à Madrid, voici un avant-goût de leur style.

Sastreria El 91, Madrid

Il faut six mètres de tissu pour réaliser une cape, deux fois trois mètres coupés en cercle avant d’être assemblés – autant dire qu’il vaut mieux éviter les forts grammages, sous peine de devoir soulever de la fonte en parallèle. L’entoilage n’a pas droit de cité ici, on s’en doute. Quant aux boutons coordonnées (leur nombre est la clef d’une symbolique mais j’ai oublié laquelle), ils agissent comme une signature visuelle.

Sastreria El 91, Madrid

Détails d’un pantalon porté par Paul. Corollaire des remarques précédentes, le travail est léger – dans un contexte différent, j’aurais dit « trop » léger, et je me serais montré plus critique, mais y aurait-il un sens à dépareiller les poids ? La cravate est aussi souple et fluide que le reste de la tenue.

Sastreria El 91, Madrid, Pitti Uomo

L’accessoire iconique de Sastreria El 91, version Pitti Uomo 89 (janvier 2016, donc) : le nœud papillon en plumes, ou « L’art de se faire remarquer grâce à de petites pièces ».

Sastreria El 91, Madrid, Pitti Uomo

Autre pièce-fétiche du duo madrilène : le chapeau, de préférence assorti à l’ensemble costume-cape – ici sous l’œil scrutateur de Pablo Picasso.

Sastreria El 91, Madrid, Pitti Uomo

Les vestes de la dernière collection sont particulièrement graphiques grâce aux « entailles » qui la rythment. Une riche idée de créateur, plus élégante « en vrai » que sur un portant.

Sastreria El 91, Madrid, Pitti Uomo

Des couleurs profondes (le vert est à tomber) pour une collection très cohérente et mûrement réfléchie. C’est là tout le paradoxe de Sastreria El 91 : être une marque à mi-chemin entre la tradition tailleur espagnole (d’où sont issus ses fondateurs) et un créateur de mode. La proposition est forte et ne laissera personne indifférent.

Sastreria El 91, Sastreria Serna, Pitti Uomo

 Photo de groupe : l’Espagne à l’honneur, avec Agustin Garcia Montero et Lucia Serran (Sastreria Serna).

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Antica Sartoria Leonardi

Antica Sartoria Leonardi : Naples, encore et toujours

À force d’ingérer des images d’ateliers, il est de plus en plus difficile de se faire une idée du travail et des intentions des tailleurs, petits et grands, jeunes ou vieux – vrais ou faux ? -, qui fleurissent sur nos écrans d’une année sur l’autre. Intrigué par certaines pièces vues sur l’Instagram de l’Antica Sartoria Leonardi (et plus encore, par l’inégal intérêt desdites pièces), j’ai voulu en avoir le cœur net. Je me suis donc rendu à Arzano, petite ville de la région de Naples, afin de mieux apprécier l’originalité de cet atelier qui, succès oblige, a récemment été contraint de déménager.

Avant toute chose, l’Antica Sartoria Leonardi est une petite structure familiale qui mêle artisans expérimentés et jeunes gens formés à l’atelier, une dizaine de personnes en tout, sous la houlette de monsieur Leonardi, assisté de sa femme et de son jeune fils. Pourquoi « antica », me direz-vous ? L’entreprise n’a rien d’ancien. Néanmoins, la famille Leonardi pratique la couture depuis au moins trois générations. De là à dire que l’activité existe de toute éternité, il n’y a qu’un pas, certes un peu vite franchi – rien de grave, toutefois, ni d’inhabituel compte tenu des usages locaux.

Antica Sartoria LeonardiAntica Sartoria LeonardiAntica Sartoria Leonardi

À l’heure où le simple fait d’être passé par tel ou tel permet de se vendre au premier venu, il est bon de rappeler qu’Alfonso Leonardi, pur enfant de la sartoria napolitaine (il me montre les cales de ses mains), a passé de longues années chez Kiton (situé à moins d’un kilomètre), avant de développer les pièces à manche pour la maison Luigi Borrelli (qui, du temps de sa splendeur, c’est-à-dire avant que les ennuis judiciaires que l’on sait ne viennent ternir son image et sa réputation, n’était, rappelons, « que » chemisier – et quel chemisier !). Loin de se contenter de prendre les mesures de ses clients, ou de vous expliquer avec volubilité en quoi consiste l’art tailleur, le seul, le vrai, le napolitain, monsieur Leonardi met lui-même la main à la pâte. D’ailleurs, rien n’échappe à son contrôle, et tous les ouvriers, du plus jeune au plus ancien, se pressent pour lui présenter leur travail.

En termes de style, Alfonso Leonardi a pour principe de ne jamais rien refuser à ses clients, ce qui explique en partie les revers hauts, les pointes de flèche et le reste. Mais qu’en est-il en termes de travail ? Faute de pouvoir témoigner des trois essayages réglementaires, je m’en tiendrai pour aujourd’hui à des remarques générales. La première : la légèreté et le confort des vestes qu’il m’a été donné d’essayer sont particulièrement appréciables. De ce point de vue, Naples aura toujours une longueur d’avance sur ses concurrents (même si des tailleurs plus proches de nous, sans renoncer à la légèreté ni au confort, offrent une qualité de construction et de finitions supérieures). Deuxième remarque : certaines pièces, même parmi les plus exubérantes, en rachètent largement d’autres, toutes choses égales par ailleurs. Autrement dit, avant de passer commande d’une veste ou d’un costume à la Sartoria Leonardi, mieux vaut savoir exactement quoi lui demander. Cette remarque vaut évidemment pour n’importe quel tailleur, elle prend tout son sens dès lors que votre interlocuteur n’est pas particulièrement enclin à vous conseiller. Pour une première fois, une veste trois boutons transformable peut être un choix judicieux.

Un lecteur me demandait récemment qui était le meilleur tailleur napolitain compte tenu d’un budget serré. Je fus bien embêté de répondre, et plus embêté encore de constater que ma réponse ne lui convenait pas. D’abord parce qu’on ne devrait pas acheter un costume sur mesure en fonction d’un budget, à moins de croire aux miracles. Ensuite parce que la première fois est rarement la bonne. Vous envisagez d’expérimenter la mesure ? Le risque fait partie de l’expérience. Vous ne trouverez pas forcément votre tailleur du premier coup, et quand bien même vous l’auriez trouvé, la première livraison peut parfois s’avérer décevante, sans que cela doive laisser présager de la suite.

Antica Sartoria LeonardiAntica Sartoria LeonardiAntica Sartoria Leonardi

Détails d’un pantalon Antica Sartoria Leonardi

Les pantalons « faits main » ont depuis quelque temps le vent en poupe. En témoigne le succès de Salvatore Ambrosi, ou, plus récemment, celui de Marco Cerrato. Mais à Naples, ce genre de travail n’est pas rare, il s’inscrit même dans une tradition ancienne. Comme on le voit sur les images qui suivent, les pantalons Leonardi sont esthétiquement parfaits. Si les petits points à la main requièrent un peu de soin à l’usage, il faut avouer qu’ils apportent beaucoup en termes de style et de qualité perçue. Une bonne nouvelle : les travetti, ici, ne semblent pas avoir été multipliés inutilement pour « faire riche », comme on peut le déplorer parfois, y compris chez certains pantalonniers industriels. Autre point encourageant : le boss, soucieux de garder la main sur sa fabrication, met un point d’honneur à ne pas faire appel à des culottiers à domicile. Tout serait donc fait sur place.

Reste un léger souci : habitué des grands froids russes, monsieur Leonardi n’a pas prévu pour l’instant de faire un détour par Paris. Or, la zone industrielle d’Arzano n’est pas la destination la plus commode.

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Aubercy 1935, Paris

Aubercy, Paris : des chaussures de qualité dont la qualité ne se dément pas

Pour ce premier article consacré à la maison Aubercy (pour une fois, le mot « maison » sera employé à bon escient), j’ai pris le parti d’occulter la grande mesure, pour ne parler « que » du prêt-à-porter et du Made-to-Order, afin de ne pas rajouter à la confusion d’une offre pléthorique partagée entre élégance classique et fantaisie débridée.

J’ignore pourquoi, Aubercy a longtemps pâti dans les rares médias spécialisés d’une forme d’ostracisme, pour ne pas dire de snobisme inversé. Alors que la marque Corthay accédait à une reconnaissance mondiale, servie en cela par quelques thuriféraires patentés, alors que la tribu Green s’étoffait au rythme du nombre de pages de Styleforum, alors que Carmina, lentement mais sûrement, se faisait connaître et reconnaître d’une poignée de curieux et de connaisseurs, Aubercy paraissait condamnée à une image contradictoire. Appréciée d’un petit nombre d’initiés formant le noyau dur d’une clientèle fidèle, elle paraissait négliger de promouvoir ses atouts – des atouts qui n’ont quasiment pas changé depuis sa création en 1935 – tandis que la presse, de son côté, feignait de ne pas les voir. D’où la question : et si Aubercy était la dernière marque française de chaussures de qualité ? La semaine dernière, je suis allé à la rencontre de Xavier Aubercy, qui a accepté de répondre à mes questions avec la franchise et la passion qui sont les siennes. De quoi jeter un regard neuf sur un métier en pleine transformation.

Aubercy 1935, Paris - derby une boucle, modèle TerrenceAubercy 1935, Paris - richelieu 5 oeillets, modèle TaylorAubercy 1935, Paris - richelieu, modèle Aura

Rencontre avec Xavier Aubercy

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Comment les choses ont-elles commencé pour Aubercy ?

Xavier Aubercy – Par des rencontres, comme toujours en pareil cas. Celle de mon grand-père, André Aubercy, avec Arturo López (Arturo José López Willshaw), le millionnaire chilien, dandy connu du Tout-Paris, a été prépondérante. Les deux hommes avaient en commun le goût du beau. Mon grand-père lui montrait ses trouvailles : des Tuczek, des Cleverley, des Lobb, glanées au gré de ses voyages. Auvergnat d’origine, orphelin de naissance, il était monté à Paris pour se donner un destin et avait fait le Bataillon de Joinville. À ce titre, il donnait des cours de gymnastique à des particuliers qui allaient devenir par la suite ses premiers clients. Il était mû par le désir d’entreprendre. Lorsqu’il a rencontré ma grand-mère, Renée (qui, elle, travaillait déjà dans la chaussure, mais pour d’autres), il lui a très vite proposé d’ouvrir leur propre magasin, à contre-courant de la tendance. À l’époque, seul Weston proposait du prêt-à-chausser. Les gens allaient chez le bottier, qui ne coûtait pas très cher. Un marché s’esquissait à peine. Mon grand-père avait une idée très précise de ce qu’il voulait : les formes, le style, la construction… Il s’est donc mis en quête d’ateliers autour de Paris et a essayé de vendre une chaussure de grande qualité à un prix abordable. Il s’est installé rue Vivienne pour essayer de capter la clientèle de la Bourse. Le succès a été au rendez-vous.

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Il a véritablement éclaté après la Guerre.

Xavier Aubercy – Au plus fort de l’activité, autrement dit dans les années 1960, nous vendions 13 000 paires de chaussures par an. Le samedi de Pâques, il y avait la queue sur le trottoir, nous devions distribuer des tickets et des boissons pour faire patienter les clients. Lesquels clients savaient qu’ils achetaient chez nous le meilleur rapport qualité-prix de la capitale. Un rapport qualité-prix qui perdure, même si le coût d’un beau soulier a considérablement augmenté.

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Même si vous possédez depuis quelques années votre propre atelier de botterie, Aubercy n’a jamais cherché à être autre chose qu’une marque, c’est-à-dire, notamment, un donneur d’ordres. Comment a évolué la relation avec vos sous-traitants ?

Xavier Aubercy – Au milieu des années 1950, les ateliers parisiens ayant fermé, nous avons été contraints d’aller chercher un sous-traitant ailleurs. Mon grand-père considérant que les chaussures anglaises en prêt-à-chausser manquaient de raffinement, et que par ailleurs la taille des ateliers anglais ne servait pas aussi bien le travail artisanal qui avait été son point de départ, s’est tourné vers l’Italie où les problèmes étaient un peu différents (manque de solidité, imperméabilité douteuse, bref, ce qui faisait aussi la réputation de la chaussure italienne de ces années-là). Fort heureusement, il a réussi à travailler avec la Zénith, une « danseuse » qui coûtait tellement d’argent à son propriétaire que l’usine a fini par fermer. Ensuite, il est allé à Romans, puis à Parme où il a trouvé un excellent sous-traitant. La collaboration a duré vingt ans – là encore, jusqu’à la faillite : le propriétaire avait des ambitions démesurées pour sa propre marque. De là, nous avons rencontré notre sous-traitant actuel. Nous lui avons apporté des choses, le chaussant, les formes, il nous en apporté d’autres en retour. Puis nous avons commencé à réaliser des commandes spéciales. En 2004, nous avons fait une première incursion dans la grande mesure en engageant quelqu’un à demeure, mais l’expérience s’est révélée infructueuse et nous nous sommes résignés à fermer l’atelier cinq ans plus tard. Cet échec n’a pas entamé notre détermination. Je connaissais Yasuhiro Shiota depuis sept-huit ans. Comme la place était déjà pourvue à l’époque, il était parti travailler chez un confrère où il a appris beaucoup. Je suis très heureux du travail que nous accomplissons ensemble depuis deux ans. Les patronages sont beaux, les essayages donnent entière satisfaction. Nos efforts sont enfin pleinement récompensés. Par ailleurs, et ce toujours pour aller au bout de notre philosophie, nous avons transformé le magasin de la rue de Luynes en cordonnerie à l’ancienne, en collaboration avec notre cordonnier historique, François, qui, jusque-là, habitait Montpellier. Notre but était d’être autonomes et de faire les réparations que l’on voulait faire, au plus près possible de notre métier et de nos valeurs.

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Compte tenu de l’esprit qui vous anime, pourquoi avez-vous choisi de vendre des chaussures de luxe cousues Blake ?

Xavier Aubercy – Jusque dans les années 1970, nous vendions 50% de Blake, 50% de Goodyear. Au fond, tout cela ne veut pas dire grand-chose. Pour moi, la construction d’une paire de chaussures n’est pas un gage de qualité. Il est possible de trouver des Goodyear à 40 euros la paire de chaussures, à 60 euros les deux paires. Un cousu norvégien qui ne peut être que cousu main, oui, d’accord, mais pour le reste, un Goodyear tel qu’il est pratiqué par 98% des marques à l’échelle mondiale, tel qu’il a été repris par un certain nombre de bottiers qui se sont discrédité en collant des murs de gravure en coton infâmes sur des murs eux-mêmes infâmes ne vaut pas mieux qu’un Blake. Par ailleurs, il faut mentionner une évolution du pied depuis une quinzaine d’années. L’arrivée de Tod’s et celle de Berluti dans mon domaine d’activité ont habitué les gens à porter des pantoufles de ville. De ce point de vue-là, le Blake présente un intérêt.

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Donc ma question n’est pas paradoxale ? Mieux vaut un Blake monté main comme celui que vous proposez qu’un Goodyear cousu machine ?

Xavier Aubercy – Absolument. Dans la mesure où les cuirs de semelle sont les mêmes, les cuirs de tige aussi (seule change la première), dans la mesure où l’on conserve la même part de travail manuel, la durabilité est identique. Par ailleurs, pour aller au bout de votre question, le Blake se répare plus facilement qu’un Goodyear, parce que la réparation d’un Goodyear exige que le cordonnier repasse point par point dans la trépointe, ce que les cordonniers actuels ne prennent plus le temps de faire (or, généralement, les dégâts sont tels qu’au bout de deux ressemelages, la trépointe est à jeter), tandis que dans le cas d’un Blake, il suffit de changer la première et vous avez quasiment une chaussure neuve. Nous proposons aujourd’hui trois séries complètes de modèles Goodyear – mais attention, un Goodyear cousu main ! Si un client me commande un Lupin en Goodyear, cela ne pose aucun problème. Je remarque toutefois que, paradoxalement, les prophètes du Goodyear ne se ruent pas sur notre Goodyear fait main. D’ailleurs, lorsqu’un jeune client me demande un James, qui est un richelieu à bout droit perforé classique, et que je lui fais essayer les deux versions (995 euros contre 1270), neuf fois sur dix il choisit le Blake.

Aubercy 1935, Paris - richelieu modèle EllipseAubercy 1935, Paris, rue VivienneAubercy 1935, Paris - richelieu 5 oeillets, modèle SwannAubercy 1935, Paris - richelieu 5 oeillets, modèle BeckfordAubercy 1935, Paris - loafer à bout droit, modèle WinstonAubercy 1935, Paris, rue Vivienne - modèle BartholdAubercy 1935, Paris - bottines à boutons, modèle LawrenceAubercy 1935, Paris - mocassin à pompons, modèle Solal

La philosophie Aubercy

Le choix est au cœur de l’esprit Aubercy. Choix de rester indépendant et familial, malgré les sollicitations. Choix de maintenir une qualité de construction constante en demandant à son sous-traitant des détails que celui-ci se refuse à exécuter pour les autres et qu’il ne s’impose plus à lui-même. Choix de ne pas inonder le marché à l’étranger en acceptant des offres retail inconséquentes ou incongrues. Choix enfin d’offrir à ses clients la plus grande liberté de choix. Une liberté qui va bien au-delà du simple MTO puisque la maison ne rechigne pas à honorer des demandes précises, pour autant que celles-ci ne relèvent pas du pur caprice. Comme l’explique très bien le maître des lieux, « la plupart de nos clients présentent un profil atypique compte tenu du marché actuel. Ce ne sont pas des suiveurs, ils ont déjà derrière eux une expérience du luxe, de la chaussure et de la personnalisation. Quand ce n’est pas le cas, nous nous efforçons de leur donner des éléments de compréhension. Peu importe qu’ils achètent ou non. S’ils doivent revenir, ils reviendront (sachant que la fidélité est notre meilleure récompense). Ils doivent être capables de se forger leur propre avis en fonction de critères objectifs. »

Aubercy 1935, Paris - richelieu 5 oeillets, modèle Beckord

Même forme, même conception, même travail à la main : en haut, le prêt-à-chausser, en bas, les commandes spéciales.

Aubercy, bottier, 1935 - sneakers

Des sneakers Aubercy ? Quelle drôle d’idée ! Et pourtant ! Dessinées sur la base d’une chaussure de football vintage, elles sont construites selon les mêmes procédés et avec le même soin que les autres modèles de la gamme.

Aubercy 1935, Paris - richelieu 3 oeillets, modèle Swen

MTO, vraiment ? Ce modèle de richelieu 3 oeillets à médaillon perforé, baptisé « Swen », est né d’une commande particulière, avant d’intégrer la ligne « Mesure », autrement dit le Made-to-Order. Une belle façon d’inciter les clients à donner libre cours à leurs envies.

Aubercy 1935, Paris - mocassin Lupin

Le Lupin, mocassin incontournable. N’a-t-il pas un peu phagocyté le reste de la collection ? Décliné, comme ici, en version bicolore, il est surtout vendu dans des teintes classiques. Magnifique aussi en veau velours.

Aubercy, bottier, 1935, rue Vivienne

Classique with a twist, plus facile à porter que la bottine à boutons, et autorisant toutes sortes de combinaisons de couleurs et de cuirs.

Aubercy bottier, 1935

À bon entendeur, la maison Aubercy est une maison familiale.

Aubercy
34, rue Vivienne
75002 Paris
Tél. : 01 42 33 93 61
E-mail : contact@aubercy.com

Site : http://www.aubercy.com.

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Vass Shoes, Budapest

Vass Shoes, Budapest : les chaussures faites main « Made in Hungary »

Qui connaît la chaussure hongroise ? Mais qui ne connaît pas Vass Shoes ? En moins de temps qu’il n’en faut pour voir apparaître son nom dans un moteur de recherche, la petite entreprise de Budapest est devenue la référence incontournable du Made-to-Order (l’un des meilleurs rapports qualité-prix) pour les passionnés de chaussures du monde entier. La montée en puissance des forums, et surtout du premier d’entre eux par ordre d’importance (Styleforum pour ne pas le nommer), n’est pas étrangère à ce succès, auquel participent également une poignée de revendeurs sélectionnés, notamment à Londres et à New York. À noter que Vass Shoes dispose également de deux boutiques à Budapest (pour ceux que deux heures d’avion n’effraient pas).

Vass Shoes BudapestVass Shoes BudapestVass Shoes BudapestVass Shoes BudapestVass Shoes BudapestVass Shoes Budapest

Né en 1946, László Vass commence son apprentissage à l’adolescence – un apprentissage complété par un cursus de cinq ans au Hungarian Fashion Institute et couronné par un diplôme de bottier obtenu à l’âge de 23 ans. Il travaillera ensuite pour une maison de couture locale jusqu’en 1978, date à laquelle il décide de fonder son propre atelier, sa propre marque. Son style, traditionnel, témoigne de l’héritage bottier austro-hongrois. D’aucuns pourraient le trouver un peu rustique. L’est-il moins que celui pratiqué par certains de nos amis d’outre-Manche ? Il faut dire que l’offre est pléthorique : Budapest, forme 3636, forme P2, forme K, forme R, forme Peter (intéressante au demeurant, notamment pour des chaussures équipées de semelles Vibram)… Un tournant est franchi au cours des années 2000 avec l’adoption de deux formes supplémentaires, la F et la U, nées de la collaboration de László Vass avec Roberto Ugolini. À la demande du concept-store japonais Isetan (désireux d’offrir à ses clients une ligne combinant tradition artisanale et design italien), le bottier florentin a en effet prêté son concours à la création de modèles plus internationaux, plus urbains – que l’on retrouve aujourd’hui dans la collection permanente.

Lazslo Vass

Petits détails pratiques : il est possible de passer commande d’une paire en MTO en s’adressant (en anglais) à M. Rezső Kuti, l’assistant de M. Vass. La procédure indiquée sur le site permet de choisir successivement un modèle, une forme et une (ou plusieurs) peausserie(s). Quant aux délais de livraison, compter entre six et huit semaines après le passage d’ordre.

Vass Shoes Budapest

Six questions à Rezső Kuti, bras droit de László Vass, fondateur de Vass Shoes

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Vass Shoes est connu à travers le monde pour être l’un des rares champions du Made-to-Order. Quand avez-vous compris que le MTO pouvait être pour la société une formidable opportunité de développement ? Quelles sont aujourd’hui les parts respectives du prêt-à-chausser et des commandes spéciales ?

Rezső Kuti, Vass Shoes – Nous avons débuté notre programme MTO en 2010, parce que beaucoup de gens venaient vers nous et nous demandaient : « serait-il possible d’avoir tel détail, telle couleur, telles finitions ? » Ce que nous acceptions, naturellement. Mais très vite, la demande a pris des proportions importantes, alors nous avons décidé de nous organiser, de faire mieux, en nous dotant de protocoles. Nous avons établi ce que les clients pouvaient demander et par quel canal ils pouvaient le demander. Ensuite, en 2014, nous avons renouvelé notre site Internet, qui comprend aujourd’hui un guide permettant de commander nos chaussures directement. En termes de quantité, le prêt-à-chausser et le Made-to-Order sont quasiment à l’équilibre.

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Les chaussures Vass, à la différence des chaussures de nombreuses autres marques qui utilisent le mot « handmade », sont véritablement faites à la main. Pourriez-vous nous dire ce que cela signifie d’un point de vue pratique, et ce que cela implique quant à la durabilité de vos chaussures ?

Rezső Kuti, Vass Shoes – Vous avez raison, de nombreux fabricants, de nombreuses marques continuent à inscrire la mention « handmade » à l’intérieur de leurs chaussures, alors que ces dernières sont entièrement faites machines – au moyen de nombreuses machines différentes. Le fait machine en soi n’est pas un problème, mais nous pensons que faire des chaussures à la main fait partie intégrante de notre héritage. Nous avons eu l’opportunité de passer au fait machine, nous ne l’avons pas fait. Nous pensons que les chaussures ont leur personalité. Nous sommes capables de dire comment nous les avons faites, pourquoi, et le temps que cela a pris. Par ailleurs – et il s’agit là d’un point important -, nous sommes capables de les entretenir, de les ressemeler, chaque fois que nécessaire, ce qui accroît leur durée de vie d’autant. Et je ne parle pas des modifications que nous sommes à même de leur apporter.

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Une vingtaine d’artisans travaillent actuellement à l’atelier. Comment sont formées les personnes qui travaillent avec vous ? Y a-t-il suffisamment de jeunes désireux de s’investir dans l’artisanat ?

Rezső Kuti, Vass Shoes – Tous nos artisans étaient déjà expérimentés lorsqu’ils ont rejoint l’atelier. Bien sûr, compte tenu de l’expérience accumulée, ils sont meilleurs aujourd’hui qu’à leurs débuts chez nous. La pratique est le meilleur professeur qui soit ; seule l’expérience permet d’atteindre la perfection. Par ailleurs, M. Vass et le chef d’atelier veillent jour après jour à ce que nos artisans respectent les règles et soient attentifs au moindre détail. Pour répondre à votre question, il y a malheureusement de moins en moins de candidats au travail manuel, spécialement dans le domaine de la chaussure.

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Quels conseils donneriez-vous à un homme qui n’a jamais essayé de chaussures Vass et désire en commander une paire pour la première fois ?

Rezső Kuti, Vass Shoes – Bonne question ! Chaque bottier a son propre style, son propre design, sa façon de faire personnelle. Pour une première commande, je suggère à nos clients d’essayer l’un des modèles proposés via notre boutique en ligne. Ainsi, ils comprendront en quoi consiste notre histoire. Généralement, nous conseillons à nos clients d’essayer l’une de nos formes les plus prisées, la P2. Elle offre beaucoup de confort et d’espace pour le pied. Un derby Budapest est une pièce classique. Tous les hommes devraient en posséder une paire.

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Quel est votre modèle préféré ?

Rezső Kuti, Vass Shoes – M. Vass préfère le Budapest, un derby basé sur la forme P2. Personnellement, je dirais un richelieu, le modèle n° 1065, basé sur une forme F. Question de générations ! Dans les deux cas, dans un box-calf français !

Laurent Le Cam, Milanese Special Selection – Quel est le secret d’une belle ligne de chaussure ?

Rezső Kuti, Vass Shoes – C’est une question cruciale, l’une des plus difficiles, en fait. Je dirais : les proportions et les détails. Idéalement, le bout de la chaussure ne doit être ni trop court ni trop long. Même chose pour la partie médiane. Le choix du cuir et le cirage sont également très importants. Mais je pourrais citer également une foule de petits détails qui n’en sont pas : les surpiqûres, par exemple. Tout compte, en fait.

http://www.vass-shoes.com

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