Claude Rousseau, tailleur français

Claude Rousseau, ou Le triomphe de l’école Camps

Il n’est jamais aisé de parler d’une légende. Que Claude Rousseau ait été, de ses débuts aux côtés de Joseph Camps jusqu’à son départ à la retraite au début des années 2000, un tailleur français, chacun s’en convaincra volontiers ; qu’il ait été l’un des rares grands maîtres de l’art tailleur français, voilà ce qu’il convient d’expliquer.

Moins connu que Francesco Smalto, qui le considérait comme le plus grand tailleur de la place de Paris (la réciproque vaut également), Claude Rousseau est d’abord, comme Smalto, comme Urban, comme Ungaro, un élève de M. Camps, tailleur hors pair, et, surtout, infatigable ingénieur du vêtement.

Henri Urbanczyk, Emanuel Ungaro, Francesco Smalto, Joseph CampsJoseph CampsCamps, présentation de tissusHenri Urbanczyk, Camps

Natif de Vic (province de Barcelone), Joseph Camps s’était installé en France à la fin de la Guerre, après avoir appris son métier en démontant les costumes des meilleurs tailleurs espagnols de l’époque. Figure majeure du Groupe des Cinq regroupant à l’origine André Bardot, Socrate, Di Nota, Gaston Waltener et lui (Max Evzeline ayant rejoint le groupe un an plus tard, en 1957), il passait à juste titre pour un génie de la coupe.

Tout le monde garde en mémoire les photos de Hassan II, habillé par Smalto, mais il faut savoir que le premier tailleur du prince Moulay El-Hassan, futur roi du Maroc, et de son père, Mohammed V, était Joseph Camps. À cette époque, deux apiéceurs se partageaient le travail dans une chambre de bonne : Claude Rousseau et Henri Urban.

Joseph Camps, tailleur, Paris

L’histoire a été maintes fois racontée. En 1962, Francesco Smalto quitte Camps et les Champs-Elysées pour s’installer rue de Miromesnil, emmenant avec lui le commercial, le vendeur… et une bonne partie des clients, à qui il avait pris soin d’envoyer un faire-part.

Coupeur apprécié, associé à tous les essayages, Claude Rousseau est d’abord approché par Hassan II pour devenir son interlocuteur exclusif. Mais Joseph Camps, désormais méfiant, s’y oppose, et c’est Smalto qui, quelques mois plus tard, remportera la mise.

La suite ? Henri Urban s’installe à son compte en 1967, Claude Rousseau fera de même en 1970. En 1969, M. Camps, en proie à des difficultés de gestion, s’est associé à Mario de Luca pour former le duo Camps de Luca. Une nouvelle ère s’ouvre.

Ci-dessous, un modèle de Joseph Camps, années 1960.

Modèle de veste du tailleur Joseph Camps, années 1960

Claude Rousseau, le costume croisé à l’honneur

Si Claude Rousseau était capable de réaliser tout type de pièces (des plus classiques aux plus créatives, on lui doit notamment les premières vestes sport mises en avant par Cifonelli suite au rachat de sa maison par ce dernier), il était surtout connu (et recherché) pour ses costumes croisés, modèle d’équilibre, de style et de confort. Influencé par le style américain des années 1930 et 1940 (popularisé, notamment, par la revue Apparel Arts), Claude Rousseau s’attache à en donner une vision plus raffinée, moins « mastoc » – et je ne parle pas seulement des finitions. Les images qui suivent parlent d’elles-mêmes. Je mets au défi 95% des tailleurs actuels d’accorder des carreaux de cette manière et de produire un travail aussi net.

Claude Rousseau, tailleurClaude Rousseau, tailleurClaude Rousseau, tailleurClaude Rousseau, tailleurApparel Arts

Ci-dessous, Ariel Wizman et Claude Rousseau, séance d’essayage, rue Royale, à l’atelier. On aura remarqué que, à l’instar de Camps de Luca et de Brahim Bouloujour aujourd’hui, M. Rousseau utilisait une veste d’essayage pour la prise de mesures – un héritage de M. Camps qui, contrairement à ce que semble penser un Simon Crompton, ne tire pas le bespoke du côté de la demi-mesure (un patronage individuel est réalisé, sur lequel on reporte les altérations une fois que la première veste est au point) mais permet de gagner du temps en rationalisant le processus. À l’époque où a été prise cette photo (1986), 50 pièces sortaient de l’atelier tous les mois.

Claude Rousseau, tailleur

Sur le cliché ci-dessous, le tailleur s’efface devant son client – en l’occurrence, un très grand collectionneur de costumes. Dire que le profil des clients en grande mesure a changé est un euphémisme. Quel grand patron, quel homme politique de premier plan ose encore assumer son statut par le vêtement ?

Photo suivante : Martin Bouygues (source : PurePeople).

Claude Rousseau, tailleurMartin Bouygues

Quelques photos d’archives, témoignages de l’évolution du style au cours des années 1970 et 1980. Bien avant Internet et Instagram, certains grands noms de la couture avaient déjà leur « ambassadeur » attitré.

Claude Rousseau, tailleurClaude Rousseau, tailleurClaude Rousseau, tailleurClaude Rousseau, tailleurClaude Rousseau, tailleur

Manteau croisé. Fluidité des lignes et confort palpable.

Claude Rousseau, tailleur

Veste sport à poches plaquées à soufflet. Comme le diable, le tailleur est dans les détails.

Veste sport à poches plaquées signée Claude RousseauVeste sport signée Claude Rousseau

Veste sans revers à poches plaquées, milieu des années 1990. Un exemple parmi d’autres de la palette très vaste de Claude Rousseau. Je ne serais pas étonné que ce type de veste soit à nouveau plébiscité dans les mois qui viennent. Reste à savoir qui sera capable de la rééditer.

Claude Rousseau, tailleur

Les Ciseaux d’or, distinction remportée par Claude Rousseau en 1997.

Claude Rousseau, Ciseaux d'or 1997

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Maille Gran Sasso, Automne-Hiver 2017

Pulls et vestes Maglificio Gran Sasso, collection Automne-Hiver 2017/18 : les 10 pièces à ne pas manquer

Comme chaque saison depuis maintenant plusieurs années, les responsables de Gran Sasso, spécialiste italien de la maille haut de gamme, m’ont fait l’honneur de me demander d’opérer un choix parmi l’abondante pré-collection dévoilée aux acheteurs internationaux en début d’année – un best of, en quelque sorte – laissé à ma libre appréciation. L’exercice est d’autant plus intéressant qu’il permet de montrer à la fois des articles réguliers (correspondant peu ou prou à un stock service) et des pièces nouvelles plus directement liées au goût du moment.

best of Gran Sasso knitwear, 2017

Incontournables des incontournables – c’est pourquoi je commencerai par là -, les blousons et vestes matelassés ou surpiqués, ma préférence allant vers les très/trop rares modèles en cachemire. Deux éléments sont à noter : les passepoils en suédine, tout d’abord, l’une des marques de fabrique de Maglificio Gran Sasso, et la fonctionnalité ; loin d’être un simple élément décoratif, le matelassage est systématiquement repris dans le dos, ce qui apporte un vrai plus en termes de confort et de chaleur.

blouson Maglificio Gran Sasso, collection Autome/Hiver 2017-2018blouson Maglificio Gran Sasso, collection Autome/Hiver 2017-2018blouson sans manches Maglificio Gran Sasso, collection Autome/Hiver 2017-2018

Autre pièce classique, facile et agréable à porter, le col roulé à torsades, ci-dessous dans une version denim chiné du plus bel effet. Plus généralement, le designer de la maison a mis l’accent sur des motifs géométriques complexes. Par goût personnel, je suis évidemment moins fan des blousons techniques réversibles, partant du principe qu’il n’y a rien de plus « technique » que la pure laine vierge. Ceci étant dit, il en faut évidemment pour tous les goûts, et les différents acteurs de la mode italienne ne sauraient ignorer une tendance lourde dont Loro Piana et Ermenegildo Zegna furent les précurseurs dans le secteur du luxe.

col roulé torsade Gran Sasso, collection Automne/Hiver 2017-18col roulé Gran Sasso, collection Automne/Hiver 2017-18col roulé Gran Sasso, couleur camel, collection Automne/Hiver 2017-18

Impossible de faire l’impasse sur les vestes en maille, surtout lorsqu’elles s’agrémentent de chevrons, comme c’est le cas pour ce très chic blazer bleu, souvent (mal) imité par la concurrence. Une slack jacket, donc, à porter par-dessus un pull, ou, plus sûrement, par-dessus un gilet de costume dépareillé, pour un contraste casual/ »sartorial » réussi.

veste blazer, Maglificio Gran Sasso, collection Automne/Hiver 2017-2018veste blazer, Maglificio Gran Sasso, collection Automne/Hiver 2017-2018

Enfin, terminons cette sélection par une touche d’élégance (et de couleur). J’en avais déjà parlé l’année dernière, je réitère mon choix cette année. De toute évidence, les gilets croisés en maille (sans manches, « façon tailleur ») méritent de figurer dans une garde-robe classique, y compris dans des couleurs extravagantes. Attention toutefois à choisir la bonne taille, une telle pièce devant être portée ajustée sans pour autant « tirer », exactement comme un gilet traditionnel.

De nombreux autres modèles sont disponibles sur le site de vente en ligne de Maglificio Gran Sasso, y compris de classiques polos en laine et cols en V à prix très doux. Entre le besoin et l’envie, pourquoi choisir ?

gilet croisé, Maglificio Gran Sasso, collection Automne/Hiver 2017-2018gilet croisé, Maglificio Gran Sasso, collection Automne/Hiver 2017-2018Gran SassoGran SassoGran Sasso

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Nos écharpes en cachemire Made in England

Chers lecteurs,

Après un premier essai concluant dans la vente d’accessoires haut de gamme (voir ci-contre nos pochettes en véritable soie vintage développées en collaboration avec Lafayette Saltiel Drapiers), je vous propose aujourd’hui un produit plus luxueux encore, si tant est que l’on puisse établir des hiérarchies dans le luxe, plus coûteux en tout cas, plus essentiel – qui sait ? Des écharpes en cachemire. Ceux d’entre vous qui suivent Milanese Special Selection (et plus encore les personnes qui me connaissent in real life) savent l’intérêt que je porte depuis toujours aux belles matières, parmi lesquelles le cachemire occupe bien évidemment une place de choix – à condition toutefois de savoir ce que l’on achète. Car, bien sûr, il y a cachemire et cachemire. Qu’il s’agisse de pulls, d’écharpes ou de tissu pour costume, mieux vaut porter une très belle laine qu’un cachemire de qualité moyenne voire médiocre. Vous l’aurez compris, c’est à une séance de sourcing totalement inédite que je vous invite ici.

Nos écharpes en cachemire / Our precious cashmere scarves

Vendre via Internet de vrais produits de luxe, autrement dit des produits dont la valeur ajoutée réside moins dans la marque ou le logo qui permettent leur identification, parfois grossière, que dans la matière utilisée, le savoir-faire, le soin, le goût apportés à leur réalisation – sans même parler de rareté – représente aujourd’hui une vraie gageure, largement compensée, dans mon cas, par l’ambition de toucher une clientèle d’amateurs et de passionnés, déçue de ne pas pouvoir trouver en boutique la qualité supérieure qu’elle est en droit d’attendre.

Nos écharpes en cachemire à motifs tartan, pour homme et femme

Pourquoi choisir un cachemire anglais ?

Pour cette offre ô combien ciblée, il m’eût été facile de vous parler de fabricants italiens confidentiels (j’en connais quelques-uns, nichés dans les contreforts des Alpes), j’ai préféré concentrer mes efforts sur du cachemire anglais, plus moelleux et à l’aspect plus « gonflant », plus « moelleux » (les Italiens ayant plutôt le goût de la légèreté). Direction la Grande-Bretagne, donc, dans un atelier confidentiel où sont réalisées intégralement nos précieuses écharpes. Combien de spécialistes sont encore capables d’un tel travail ? Moins de dix dans le monde, c’est-à-dire en Europe. Je ne dévoilerai d’ailleurs pas un secret en disant que les mêmes qualités d’accessoires, provenant des mêmes endroits, sont vendus deux voire deux fois et demi plus cher par de célèbres enseignes de luxe dont le mérite premier est d’investir de très grosses sommes dans leur communication. Non pas que les écharpes proposées ici soient bon marché. Pour autant, j’ai essayé de faire en sorte que leur prix soit cohérent, compte tenu de leur qualité et de leur rareté relative.

Où sont produites nos écharpes en cachemire ? Visite de l’usine en images

Un hangar de dimensions respectables, des processus de tissage et de finissage plus nombreux et plus complexes qu’on pourrait le penser (jusqu’à 25 opérations différentes sont nécessaires pour aboutir au toucher désiré), des machines flambant neuves et d’autres, presque antiques (sur cette gamme de tissu, le recours au chardon est obligatoire, les griffes des machines modernes risquant d’abîmer la matière), tout cela assorti de contrôles qualité rigoureux : mes critères de choix sont en tous points conformes à l’exigence défendue depuis la création de Milanese Special Selection, il y a cinq ans.

L'atelier en Angleterre où sont réalisées nos précieuses écharpes en cachemire / cashmere factoryL'atelier en Angleterre où sont réalisées nos précieuses écharpes en cachemire / cashmere factoryL'atelier en Angleterre où sont réalisées nos précieuses écharpes en cachemire / cashmere factory L'atelier en Angleterre où sont réalisées nos précieuses écharpes en cachemire / cashmere factoryL'atelier en Angleterre où sont réalisées nos précieuses écharpes en cachemire / cashmere factory

L’écharpe en cachemire : un must-have indémodable

Deux formats, des choix classiques, d’autres moins, pas moins de 43 possibilités en tout, et deux tarifs : 190 euros pour le « petit » format (qui ne l’est pas puisqu’il mesure tout de même 1,80 m de long), 345 euros pour le grand (format écharpe double ou étole). La publicité comparative étant interdite en France, je ne me hasarderai pas à citer des noms. Ce n’est pas l’envie qui m’en manque.

Écharpes en cachemire uni, format 30 x 180 cm

Nos écharpes en cachemire uni, format 30 x 180 cm

Des couleurs franches, solides, pour toutes les occasions.

Écharpes en cachemire à motifs tartan et Prince de Galles, format 30 x 180 cm

Echarpe en cachmire, motif Prince de GallesNos écharpes en cachemire, motif tartan, dimensions 30 x 180 cmNos écharpes en cachemire, motif tartan, dimensions 30 x 180 cm

Plus de fantaisie et effet sartorial garanti avec le motif Prince de Galles. Uni ou faux-uni, aucun tissu ne lui résiste. Quant au motif tartan, d’aucuns se poseront peut-être la question : comment accorder un motif tartan à une tenue de ville ? Pour y répondre, deux remarques issues de mon expérience personnelle. Tout d’abord, le motif tartan n’est pas un sinistre héritage des années 1980 réservé à la génération de nos parents ou de nos grands-parents. Au contraire, il se marie parfaitement avec une veste de costume classique (bleu marine ou gris anthracite, une flanelle, un Fresco), un manteau bleu ou encore camel. En outre, les tons pâles de certains tartans ne sont pas à éviter par principe. Comme pour les unis, tout dépend de votre carnation et de la couleur de vos cheveux. Ne choisissez pas uniquement selon votre goût, mais plutôt selon votre goût augmenté de vos expériences antérieures.

Écharpes/étoles en cachemire uni, format 70 x 190 cm

Cachemire uni 100%Nos écharpes en cachemire uni, dimensions 70 x 190 cmCouleurs disponibles, écharpes en cachemire, dimensions 70 x 190 cm

Comme on peut le voir sur les images ci-dessus, les coloris correspondant à ce format, nettement plus conséquent, sont à la fois plus féminins (dans l’ensemble) et plus lumineux. Pour autant, les basiques peuvent être portés indifféremment par un homme ou par une femme. Les gris, notamment, du plus clair au plus foncé, se prêtent à une utilisation extensive. Même chose pour les coloris foncés. Ils accompagneront aussi bien un ensemble classique qu’une tenue sport ou décontractée. Quant au confort, il est exceptionnel !

Écharpes/étoles en cachemire à motifs tartan, format 70 x 190 cm

Nos écharpes en cachemire, motif tartan, dimensions 70 x 190 cm / cashmere scarvesNos écharpes en cachemire, motif tartan, dimensions 70 x 190 cm / cashmere scarves

Même remarque que précédemment. Même si les coloris foncés sont a priori plus faciles à apparier, les camaïeux présentent un intérêt essentiel : ils apportent de la lumière au visage. Mon choix personnel : le tartan à dominante de bleu et de blanc. Parfait pour rehausser l’effet de mon polo coat en poil de chameau.

Comment passer commande ?

Pour passer commande d’une ou de plusieurs écharpes sélectionnées par nos soins, il vous suffit d’écrire à cette adresse : llc@milanesespecialselection.com, en précisant le format et la couleur qui vous intéressent. Après vérification de l’état des stocks, vous recevrez confirmation de la commande, la facture correspondant, ainsi que toutes les informations utiles (date d’expédition, date de livraison prévue). Merci de bien vouloir noter que nous expédions les colis à règlement de facture. En cas de doute concernant une référence, n’hésitez pas à nous contacter. Nous serons ravis de vous aider dans le choix d’un article, y compris, pour les Parisiens qui le souhaitent, en vous montrant directement des échantillons. Les frais de port sont gratuits pour toute livraison en France métropolitaine, payants pour toute autre destination (voir tarifs Colissimo). Faites-vous plaisir, ou faites plaisir à vos proches !

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Kired par Kiton 2

La collection Kired Automne-Hiver 2016-17 : de bonnes surprises en perspective

Mon premier article consacré à Kired ayant rencontré un certain succès, je ne pouvais faire moins, un an plus tard, que de dévoiler la nouvelle collection Automne-Hiver de la marque – la plus intéressante à mon goût.

Modèle-phare de cette collection : l’imperméable réversible en tissu Loro Piana Storm System, uni d’un côté, à motifs de l’autre, qui constitue assurément une vraie réussite (même s’il vous faudra débourser une somme rondelette pour endosser cette pièce à l’apparente simplicité, plus technique qu’il n’y paraît). Autre modèle remarquable à plus d’un titre : le duffle-coat, dont seule a été conservée la ligne générale. Pour l’avoir porté, je peux témoigner que le travail réalisé sur la coupe ne souffre aucun reproche. Habillé, bien fini, moderne, il vaut vraiment le détour. Viennent ensuite les parkasdoublure amovible, une spécialité de la maison) et les vestes, parmi lesquelles une field jacket simplifiée, déstructurée, dans un esprit très Brunello Cucinelli. Petite curiosité, enfin : un très sobre bombers gris qui vous fera très vite oublier son lointain ancêtre.

Non moins originale que les précédentes, on retiendra surtout de la nouvelle collection Kired une volonté de sobriété et d’élégance, dans un marché qui en manque un peu.

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Marc Delacre, Cercle Delacre, Paris

Rencontre avec Marc Delacre, fondateur du Cercle Delacre, Paris

Marc Delacre est un homme pressé. Lorsqu’il s’assied en face de vous, vous ne pouvez pas savoir si quelqu’un ne le réclamera pas dans les deux minutes, ou si ses antennes ne lui feront pas détecter une demande urgente dans l’une des nombreuses cabines privées du centre de soins pour homme qu’il a co-fondé avenue George V, à un jet de pierres des palaces et des boutiques de luxe – c’était il y a maintenant 27 ans. Il faut dire que ce coiffeur connu du Tout-Paris, voire du Tout-monde, dont le discours, parfaitement rôdé, rappelle autant la convivialité d’un Michou que l’optimisme de la comtesse de Paris, n’a pas son pareil pour anticiper les couacs. Appelons cela du professionnalisme – et du professionnalisme, il en faut, pour gérer une équipe de 42 personnes, et, plus encore, une clientèle huppée, célèbre ou non, en mal de soins, d’attention et de services personnalisés. Il faut dire que pas moins de 150 personnes se pressent chaque jour dans ce Saint des saints du poil et de l’épiderme, où la discrétion est de mise (malgré un name dropping de tous les instants).

Comment en vient-on a créer en 1990, dans un marché à peine frémissant, un espace de plus de 600 mètres carrés intégralement dédié aux hommes ? C’est la question que j’ai posée à Marc Delacre. Une partie de ses réponses est reproduite ci-après.

« Il y a 27 ans, j’étais premier coiffeur chez Alexandre, et je suis parti tenter l’aventure avec un client que je coiffais aux quatre coins du monde. Il y a 27 ans, créer un endroit pareil en plein Triangle d’Or était une aventure risquée. Aujourd’hui, les hommes vivent plus longtemps, changent de travail, refont souvent leur vie, Le regard des femmes a changé, il s’est aiguisé ; ces dames veulent des hommes qui prennent soin d’eux (elles sont d’ailleurs les premières à nous envoyer leurs maris ou leurs amants). Le regard des hommes sur les soins s’est transformé également. Les hommes viennent chercher ici des services qu’ils n’oseraient pas demander ailleurs. Dès le début, nous avons mis au point des rasages avec des huiles essentielles anesthésiantes, émollientes, régénérantes, et qui ne permettent pas le développement de bactéries. On a interdit les blaireaux, qui sont porteurs de germes, au profit d’un drainage qui reforme immédiatement un film lipidique. Pour les couleurs, on a travaillé avec L’Oréal. On a travaillé sur des couleurs de cheveux, de poitrine, on a travaillé sur des épilations, bref, on a fait ce que les autres ne savaient pas faire. »

« On touche à l’intimité des gens. Or, quand vous parvenez à toucher cette part intime tout en répondant à leurs besoins, vous savez que vos clients vous seront fidèles. Qu’est-ce qui fait venir les gens, dans l’absolu ? Trois choses : la compétence, l’accueil, la disponibilité. La disponibilité consiste à savoir dire oui, c’est possible, oui, nous pouvons le faire. Savoir lever les obstacles, répondre favorablement à une demande, même complexe. Le malheur veut qu’aujourd’hui, même dans les endroits de luxe, il soit courant que l’on vous réponde non avant même que vous ayez fini d’exprimer votre demande. Nous, à l’inverse, nous sommes là pour aplanir les difficultés. Ce que je dis aux concierges d’hôtel : Vous avez un problème ? Nous sommes votre solution, 24 heures sur 24. C’est un état d’esprit, la bonne volonté, contre la culture ambiante de la négativité. »

Mes citations préférées de Marc Delacre :

« Ici, c’est la Suisse. »

« Moi, je donne du bonheur aux gens. Les clients sortent du Cercle Delacre plus heureux qu’ils ne sont rentrés. »

Services proposés : coiffeur, barbier ; soin du cheveu ; soins du corps, du visage, des mains, des pieds ; sauna, hammam ; bar lounge, restauration ; cireur.

Cercle Delacre
17, avenue George V
75008 Paris
01 40 70 99 70

Cercle Delacre, Paris : visite guidée

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Tommy e Giulio Caraceni sartoria

Sartoria Tommy e Giulio Caraceni : l’un des plus anciens tailleurs romains est aussi l’un des moins connus chez nous

Reprenons le fil de l’histoire. Il est assez complexe à démêler, les différentes « chapelles » Caraceni n’ayant plus aujourd’hui, dans le meilleur des cas, qu’un vague rapport de cousinage.

Originaire d’Ortona, dans la région des Abruzzes, Domenico Caraceni apparaît comme le fondateur de la dynastie. Il n’est pas le premier tailleur de la famille (son père, Tommaso, et son grand-père l’étaient déjà avant lui), mais il est celui qui va façonner l’histoire familiale, d’abord en s’installant à Rome en 1913 (la date ordinairement retenue, 1926, correspond à l’ouverture d’un second atelier, plus grand, via Boncompagni), ensuite en appelant auprès de lui ses frères cadets, Augusto et Galliano, puis, s’étant constitué une solide clientèle dans la ville éternelle, en encourageant ces derniers à ouvrir une « succursale », le premier à Paris, le second à Milan. On l’oublie trop souvent, mais le Caraceni parisien, installé dès 1935 avenue d’Iéna, passa longtemps pour LE Caraceni officiel (tandis qu’à Rome défilaient Cary Grant, Douglas Fairbanks, Gary Cooper et Vittorio De Sica). Comme on s’en doute, la guerre devait porter un coup fatal à l’entreprise d’Augusto, appelé à déménager son activité, ou plutôt à en démarrer une nouvelle (nous sommes en 1946), au 16 de la via Fatebenefratelli à Milan (voir notre article sur A. Caraceni). Domenico Caraceni étant disparu en 1939, son fils Augustarello prendra un temps la tête des ateliers milanais et romain originels – sans succès -, avant de vendre le nom à Gianni Campagna, qui l’utilise toujours (d’où une certaine confusion).

Qu’en est-il donc de la sartoria Tommy e Giulio Caraceni ? Elle naît en 1963 de l’association du père, Galliano, et de ses deux fils, Tommy et Giulio, passés d’abord par Londres (chez Kilgour et Davies & Son, notamment). Si l’héritage est préservé, il s’épure sous la houlette de ces deux jeunes coupeurs ambitieux, qui vont pouvoir compter sur la publicité du plus puissant des Italiens de l’époque : Gianni Agnelli lui-même, abonné aux costumes croisés de la maison (gris pour la journée, bleus pour le soir), comme le sera par la suite son jeune « poulain », Luca di Montezemolo. Aujourd’hui, l’institution romaine de la via Campania est dirigée par Andrea, le fils de Guido Sinigaglia, lui-même gendre de Tommy, secondé dans sa tâche par un coupeur plus qu’expérimenté (il a appris le métier à l’âge de douze ans).

Tommy e Giulio Caraceni, via Campania, 61/B, Roma

Par où commencer la visite ? Les locaux sont vastes. Chaque pièce ou presque rappelle un souvenir du passé. Les clients les plus prestigieux sont passés par ces lieux, les stars du cinéma mondial, en plein âge d’or de Cinecittà. Toutes les stars italiennes, mais aussi des chanteurs, des hommes politiques, des hommes d’affaires. Un véritable hall of fame déployé sur plusieurs pièces, et comparable seulement à celui, tout aussi efficace, de l’autre Caraceni, le Milanais.

Tommy e Giulio Caraceni sartoria, RomaTommy e Giulio Caraceni sartoria, RomaTommy e Giulio Caraceni sartoria, RomaTommy e Giulio Caraceni sartoria, RomaTommy e Giulio Caraceni sartoria, RomaTommy e Giulio Caraceni sartoria, Roma

Le véritable maître des lieux, Giancarlo Tonini, dit « Carlo », 81 ans cette année. La coupe, c’est lui, les essayages également. Il faut le voir enfiler son manteau d’un geste lent à l’heure du déjeuner pour comprendre son rôle et son autorité. L’atmosphère de l’atelier est à l’encan. Non pas celle d’une ruche (il livre toutefois plus de mille pièces par an, appuyé par des apiéceurs extérieurs), plutôt celle d’une maison traditionnelle, au sein de laquelle les anciens jouent à plein leur rôle. Contrairement à des tailleurs plus jeunes et plus agressifs, la Sartoria Tommy e Giulio Caraceni ne se déplace pas. La belle clientèle des ambassades (toutes proches), de la grande bourgeoisie romaine et des riches étrangers déçus par les concurrents suffit à son bonheur. Dommage ! Paris n’est qu’à deux heures d’avion.

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Très demandé par les clients, le costume droit a pris le pas sur le croisé. Ci-dessous : tout à fait unique par ses dimensions, le cimetière des costumes que personne n’est venu chercher. Certaines pièces datent de la fin des années 1980. On ose à peine regarder sous les plastiques.

Tommy e Giulio Caraceni sartoria, RomaTommy e Giulio Caraceni sartoria, Roma

Andrea, le neveu de Tommy Caraceni, est né en 1987.

Tommy e Giulio Caraceni sartoria, Roma

Giancarlo Tonini à la table de coupe. Son plus ancien client ? Un certain Valentino Garavani, de quatre ans son aîné. On imagine aisément les conversations entre les deux hommes.

Giancarlo Tonini, Tommy e Giulio Caraceni sartoria, Roma

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Vintage silk pocket squares

Des pochettes en soie ancienne (vintage silk pocket squares) en édition limitée, c’est ici !

Pour dire le vrai, rien ne me portait à commercialiser des pochettes pour costume ; je crois même que je ne m’y serais jamais essayé, si l’occasion ne s’était présentée en la personne de mon camarade Virgil Viret, heureux propriétaire de Lafayette Saltiel Drapiers, tissus et fournitures pour tailleurs depuis 1925. Encore Virgil ne constituait-t-il pas une occasion en soi. Ses soies anciennes, en revanche, éveillèrent ma curiosité dès que j’en appris l’existence. Des rouleaux de soie pour costume commandés en Italie en 1984 exclusivement pour la maison et parfaitement conservés depuis, à l’abri des regards et de la poussière. La liasse était accrochée à une patère, le registre portant mention des coupes livrées aux plus grands tailleurs de la capitale. Il suffisait d’un escabeau pour se faire une idée des métrages restants. Cette formalité effectuée, quelques semaines après notre première discussion, Virgil et moi étions d’accord pour « bloquer » la précieuse cargaison afin de l’affecter à la réalisation d’accessoires. Nous penchâmes d’abord pour des cravates ; très vite cependant nous apparut l’évidence de pochettes roulottées à la main. Non seulement les coloris des tissus (principalement des gris, des bleus, conjugués en autant de micro-dessins classiques et délicats), mais aussi leur main, nous invitaient dans ce sens. Direction donc un atelier tout proche, réputé pour sa façon artisanale depuis 1930. De la soie italienne vintage, un circuit court, le Made in Paris à l’honneur : tout est dans tout, et réciproquement.

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« De la soie vintage ? Encore ? »

J’entends d’avance des voix s’élever. Faut-il qu’il reste tant de soie vintage inutilisée pour que, tous les six mois, un nouvel entrant se pique d’en faire des accessoires ? L’argument n’est pas nul. Grâce à l’impression numérique, il est en effet facile de copier/rééditer des motifs anciens, et de dire vintage des tissus neufs, souvent de qualité médiocre, en provenance directe de Chine (ou de Chine via l’Italie). Pour mémoire, les soies retenues ici ne sont pas des soies imprimées mais des soies tissées, ne sont pas des soies pour accessoires mais des soies pour costume, ce qui change beaucoup de choses. La première : les soies pour costume (produites essentiellement pour les tailleurs, leur prix les rendant inaccessibles à la plupart des acteurs du prêt-à-porter) étaient déjà précieuses au moment de leur production et le sont devenues plus encore au fil des ans (la fabrication de cette qualité ayant été abandonnée). Seconde remarque : à la différence des soies pour accessoires, elles offrent une tenue et un « tonus » supérieurs (en clair, elles ne s’avachissent pas et marquent moins). Il est toujours possible d’en faire des cravates (si des clients le désirent, nous sommes d’ailleurs à même de leur en proposer), mais le tissu ne glisse pas aussi naturellement qu’avec une soie « normale » (on pourrait en dire autant des cravates en lin, en laine, etc.). Dernier point distinctif, et non des moindres : ces tissus destinés à l’habillement sont mats. Ils seront donc tout à fait indiqués pour souligner élégamment une tenue, loin de toute volonté ostentatoire.

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29 références de tissus, 90 pochettes par référence, toutes dûment numérotées de 1 à 90

En pratique, comment avons-nous procédé ? Compte tenu des quantités, forcément réduites, de tissus disponibles, nous avons pris le parti de limiter la production à 90 pochettes par rouleau. Chacune de ces pochettes, vendues 75 euros TTC, est accompagnée d’une notice explicative faisant apparaître son numéro d’ordre (1/90, 2/90, et ainsi de suite). Il est possible de les commander indifféremment par mail auprès de l’un d’entre nous (llc@milanesespecialselection.com, virgil-viret@lafayettesaltieldrapiers.com) ou en boutique (11, rue d’Uzès 75002 Paris) en spécifiant le numéro du ou des rouleaux (voir ci-dessous). Elles vous seront remises sous quinzaine chez Lafayette Saltiel Drapiers ou envoyées à l’adresse de votre choix après règlement de facture (chèque ou virement interbancaire). Les frais de port sont gratuits pour tout envoi en France métropolitaine, à définir pour toute autre destination.

Le format des pochettes est : 30 x 30 cm. Merci de bien vouloir noter que les photos d’illustration sont non contractuelles. En particulier, en dépit de nos efforts, de légères différences peuvent apparaître dans le rendu des couleurs.

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Chemises Siniscalchi, acte IV

Retour d’expérience : la chemise sur mesure par Alessandro Siniscalchi

J’ai déjà eu l’occasion de le dire ici, Alessandro Siniscalchi est un perfectionniste.

Une anecdote suffira à illustrer la véracité de mon propos. Au cours du mois de novembre de l’année dernière, alors que je me rends à un rendez-vous à Milan, je croise par hasard Alessandro et Cinzia. Lui, après les premiers mots échangés : « Et la chemise, tu ne me l’as pas rapportée ! » Non seulement je n’avais jamais rapporté ma première chemise Siniscalchi, commandée un an plus tôt, pour le quatrième essayage (celui qui, après plusieurs ports, décide du bien-fondé des mesures et des ultimes corrections à apporter), mais, malgré mes passages répétés à Milan depuis, j’avais commis la maladresse – plus que la maladresse, l’erreur fatale pour tout amateur de sur mesure et de travail bien fait – de l’oublier à Paris. Alessandro : « Comment veux-tu que je sache ce qui ne va pas si tu ne me la rapportes pas ? Il faut que tu viennes avant que je n’aie plus le tissu correspondant. » J’étais un peu confus, d’autant plus que, pour connaître de longue date cet artisan intègre, timide, parfois intimidant, je sais qu’il ne triche pas. Rien à voir avec les simagrées de certains « tailleurs » italiens, toujours prêts à vous vendre le Panthéon, la lune, leur amitié indéfectible, leur vanité blessée, j’en passe, et des meilleures.

Début janvier, de retour dans la capitale officieuse de l’Italie, je m’empresse donc d’aller voir Alessandro et Cinzia. Résultat : des manches légèrement plus longues (un petit centimètre de confort en plus – désolé pour les carreaux, maestro), un patronage rectifié en conséquence, et un pouillième rajouté au col, le reste frôlant la perfection. Fort de ces bases saines, Alessandro a pu, comme il dit, en remettre une en route. Pour ce modèle plus sport, un nouveau col a été dessiné, assorti d’une triplure plus légère. Livraison des deux chemises, un mois plus tard. Rapidité, efficacité. Oui, je sais, les initiales brodées sont une coquetterie, mais, compte tenu du remarquable travail de la boutonniériste, il serait vraiment dommage de passer à côté.

Mes deux chemises Siniscalchi Milano

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Maison Sirven, tailleur à Paris

Maison Sirven, la grande mesure dans le sillage de Francesco Smalto

Sur le poêle prussien de l’atelier, ni cachés ni exhibés, quelques livres. Deux – ce n’est pas un hasard – sont consacrés à Francesco Smalto. Un coup d’œil alentour, tant sur les vestes en cours que sur celles en attente d’être livrées, suffit à comprendre l’admiration que vouent au génie calabrais de la coupe les fondateurs de Maison Sirven.

Aïdée et Florian Sirven se sont rencontré une première fois lors d’une réunion de jeunes tailleurs, une seconde chez Francesco Smalto, ne se sont plus quittés depuis – pour finir par se lancer dans l’aventure de la grande mesure ensemble début 2016.

Petit récapitulatif des faits. Jurassien d’origine, Florian Sirven tombe par hasard à l’âge de 24 ans sur un article de M. Guilson déclarant son intention de créer une école pour apprentis-tailleurs. Il s’inscrit aussitôt sur la liste d’attente. Passés les dix mois de cours vient le moment des stages (le premier aura lieu chez chez Camps de Luca, le second chez Claude Rousseau). Hélas, trois fois hélas, l’A.F.T. naissante, si elle a le mérite d’offrir un cadre aux aspirants tailleurs, ne permet pas de devenir efficace du jour au lendemain, et encore moins de décrocher un emploi. Après six mois de démarches vaines, le jeune impétrant décide donc de prendre le chemin de l’A.I.C.P. (l’Académie Internationale de Coupe de Paris, dirigée par M. Vauclair), filière coupe/moulage Femme, afin d’être engagé en apprentissage – ce sera chez Smalto. Son premier CDI lui vaudra d’être coupeur. Sous les ordres de Didier, Florian continue d’apprendre. Lorsque Kenjiro Suzuki, après quatre ans passés aux patronages, décide de voler de ses propres ailes, c’est lui qui est appelé à le remplacer. Il restera premier coupeur pendant cinq ans, endossant en outre le rôle de chef d’atelier la dernière année.

Par comparaison, le parcours d’Aïdée Grau apparaît presque plus classique. Fille de costumière (pour le théâtre), la jeune femme nourrit depuis l’enfance une passion pour le vêtement d’époque. Après avoir envisagé de travailler pour le cinéma, elle s’inscrit en BEP tailleur, passe le CAP tailleur la même année, et enchaîne les stages (Gabriel Gonzalez, David Diagne, Maison Brano). A l’issue de l’A.F.T., elle est engagée chez Lanvin comme saladeuse (pour mémoire, le saladeur est la personne qui prépare la bûche, ou cartouche du tailleur, de manière à organiser le plus efficacement le travail des ouvriers de l’atelier), poste qu’elle occupera également chez Smalto de 2013 à 2015.

Les présentations étant faites, passons maintenant au cœur du sujet.

À la rencontre des fondateurs de Maison Sirven

Une prise de mesures avec essayage sur toile-gabarit (même principe que chez Francesco Smalto, Camps de Luca et Brahim Bouloujour), un patronage individuel, rectifié après essayage, un dessous de col et un revers personnalisés, une bûche on ne peut plus rationnelle et précise, tout cela dans un cadre aux allures de laboratoire, Aïdée et Florian Sirven se sont donné les moyens de leurs ambitions. Côté façon, la veste est souple, fluide, avec – et c’est un point remarquable, tant les tailleurs actuels ont tendance à vous livrer des pulls en tissu – une vraie tenue. Les finitions sont fines et méticuleuses (on n’en attendait pas moins). Côté coupe, l’éventail est très large, plus large en tout cas que ce laisseraient supposer les choix assez canoniques des clients qu’il m’a été donné d’observer. À ce sujet, une remarque s’impose : bien que nous ayons tous une idée assez précise de ce qu’était le style Francesco Smalto, il convient de souligner que monsieur Smalto lui-même n’était inféodé à aucun code, pas même le sien. Tailleur au sens plein du terme, il se pliait aux goûts de la clientèle et à ses contraintes morphologiques. Il en va de même pour Maison Sirven, dont l’inspiration première n’épuise pas la variété des talents. Un mot enfin sur la lavorazione, la mise au point de la veste : passée la première commande (intégralement traitée en interne, pour des raisons que l’on devine aisément), toutes les opérations sont faites sur place, à l’exception du montage du col et du montage des manches, confiés à des apiéceurs extérieurs. Quant à la réalisation des pantalons, comme partout ailleurs depuis des décennies, elle échoit à des culottiers expérimentés, le patronage et la coupe étant le fait de Florian. Décidément, la transparence est totale.

Aïdée et Florian Sirven vous reçoivent 33, rue de l’Arcade 75008 Paris, et sont joignables au 06 74 25 08 25. Demandez-leur le vêtement de vos rêves. Ils se feront une joie de lui donner forme.

Tarifs moyens : compter 3500 euros pour une veste seule, 5000 euros pour un costume deux pièces (étant entendu qu’à ce prix, il est possible de piocher dans une très large gamme de tissus anglais et italiens allant du Super 120’s au Super 180’s).

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La veste sport par Cifonelli

Cinq nouvelles vestes sport signées Lorenzo Cifonelli

Nous connaissons tous les vestes sport Cifonelli, partie intégrante du renouveau de la maison de la rue Marbeuf en termes d’image, ou, pour le dire autrement, réinvention du métier de tailleur par l’image, au point que l’on peut parler d’un avant et d’un après dans la reconnaissance du sur mesure, naguère sous-représenté. Je vous propose aujourd’hui d’en découvrir cinq, remarquables par leur nouveauté et par leur style. Parmi ces cinq vestes, quatre sont des un bouton. Un choix que d’aucuns trouveront peut-être délicat à assumer ; pourtant, une veste un bouton n’est ni plus ni moins difficile à porter qu’une veste croisée. Dans les deux cas, tout est question d’équilibre.

veste sport Cifonelli

Quiconque connaît un peu l’histoire des tailleurs parisiens sait qu’ils ne vivent pas, qu’ils n’ont jamais vécu dans un empyrée inaccessible. Comment le pourraient-ils, d’ailleurs ? Au plus près des demandes de la clientèle, ils ne sauraient s’y dérober. Suivre la mode ou la créer, telle est la question, et cette question concerne tout le monde.

Lorenzo Cifonelli

Pour y répondre, Lorenzo Cifonelli a eu l’idée de proposer : proposer à des hommes qui ont moins d’imagination qu’ils ne le croient des vestes que l’on pourrait presque dire « transgenre », puisqu’elles empruntent aussi bien à tous les registres : habillé, décontracté, ville, campagne. Les codes traditionnels du vestiaire s’estompent. Proposer, mais aussi inventer, dans les limites imposées par l’exercice (car après tout, comme l’admet l’intéressé dans un sourire, « une veste n’est pas transformable à l’infini »). Ce brouillage des codes maîtrisé est le moyen de gagner une clientèle plus jeune, à la recherche d’un vêtement « polyvalent ». Les variations apportées affectent la coupe, mais aussi les détails stylistiques, certains structurels, d’autres purement décoratifs. Les ganses, les martingales, les poches à soufflet, les empiècements, les broderies, séduiront des personnalités très diverses. N’oublions pas le choix des matières. Pour connaître – un peu – monsieur Cifonelli, je pense qu’il préférerait se faire pendre plutôt que de passer à côté d’un nouveau tissu.

veste Cifonelli col maoveste Cifonelli col maoveste Cifonelli un boutonveste Cifonelli un bouton

Cifonelli compte aujourd’hui environ 25 modèles de vestes sport, mis au point à partir du milieu des années 2000. Développer un nouveau modèle prend du temps, malgré d’apparents airs de famille. Précisément, une proposition inédite est à l’étude. Je ne divulguerai pas ici ce qui devrait faire dans quelques mois l’actualité du petit monde des amateurs de bespoke tailoring. La seule chose que je puisse dire est que le pari sera osé. À suivre.

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